Le mensonge dans la peau. En début de semaine, un prétendu curé a confié en direct sur M6 avoir recueilli les confessions de Xavier Dupont de Ligonnès, fugitif accusé d’avoir tué sa femme et ses enfants il y a quinze ans à Nantes, avant de se rétracter. Ce n’est pas le premier à avoir affabulé. Comme « père Marc », d’autres ont menti, parfois sur de très longues périodes, avec des issues plus ou moins tragiques.
Franck Abagnale Jr : arrête-moi si tu peux
Il s’agit sûrement du plus grand imposteur du XXe siècle. Livré à lui-même à l’adolescence, Franck Abagnale Jr a commencé l’escroquerie en signant de faux chèques. Une entourloupe rapidement repérée par la police de New York. Le Franco-Américain décide alors de changer d’identité pour lui échapper. Pilote d’avion, pédiatre, professeur de sociologie, avocat… Il fait le tour des professions grâce à un peu de jugeote, de faux diplômes et un très grand sens du mensonge, sans jamais se faire prendre. Lassé, il finit par s’installer en France, où il sera repéré grâce à un avis de recherche. Il est finalement incarcéré aux États-Unis pour avoir produit de faux chèques, mais en 1974, le gouvernement américain lui propose de travailler pour… le FBI et la lutte contre la fraude des chèques en bois. Sa vie est si rocambolesque que le réalisateur Steven Spielberg en a fait un film, Arrête-moi si tu peux, sorti en 2002.
Jean-Claude Romand : faux docteur, vrai criminel
Le premier mensonge notable de Jean-Claude Romand remonte à ses années étudiantes. Après avoir raté sa troisième année de médecine, le jeune Français décide de cacher la vérité à son entourage. À ses proches, il raconte être devenu chercheur au siège de l’OMS, à Genève. En réalité, Jean-Claude Romand passait ses journées dans sa voiture, à la bibliothèque ou à la cafétéria. En 1993, alors qu’il sent que la vérité est sur le point d’éclater, le faux médecin tue sa femme et ses enfants. En 1996, il sera condamné à la prison à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans.
Florence M. : la mythomane du Bataclan
Les attentats du 13-Novembre ont enregistré leur lot de fausses victimes. Seize ont été condamnées, selon des chiffres du Fonds de garantie des victimes communiqués à BFMTV dix ans après les faits. Parmi elles, Florence M., condamnée en mars 2018 à quatre ans et demi de prison ferme. Pendant deux ans, cette quinquagénaire a accumulé les fausses déclarations, est devenue salariée d’une des associations regroupant les victimes et s’est liée d’amitié avec de vrais rescapés de ces tragiques événements. Pendant cette période, elle a obtenu 25 000 euros du Fonds de garantie des victimes de terrorisme et autres infractions pénales (FGTI), et plus de 13 000 euros de l’Assurance maladie. Son parcours, qui relève de l’impensable, est retracé dans une enquête d’Alexandre Kauffmann, intitulée La Mythomane du Bataclan, publiée en 2021.
Tania Head : la fausse rescapée des tours jumelles
Florence M. n’est pas la première mythomane à avoir tenté de tirer profit d’un attentat. Pendant les six années qui ont suivi les attaques terroristes du 11-Septembre 2001, Tania Head s’est présentée comme l’une des 19 rescapés de la première tour du World Trade Center touchée par l’avion détourné par Al-Qaïda et a présidé une association caritative d’aide aux victimes. Elle racontait avoir perdu son fiancé dans l’attentat et avoir été gravement brûlée. Mais quelques erreurs ont fini par faire éclater la vérité : les collègues de son supposé petit ami, vraie victime des attentats, n’avaient jamais entendu parler d’elle et la banque qu’elle citait comme étant son employeur du 96e étage ne l’avait jamais embauchée.
Binjamin Wilkomirski : le déporté fictif
L’autobiographie poignante d’un enfant juif survivant d’Auschwitz et dont les parents étaient décédés n’était que pure fiction. Son auteur, présenté sous le nom de Binjamin Wilkomirski, a pourtant reçu plusieurs prix littéraires, dont le prix de la Mémoire de la Shoah. C’était sans compter sur les soupçons du journaliste suisse Daniel Ganzfried, qui révèle en 1998 que l’auteur de Fragments s’appelle en réalité Bruno Dösseker. « Il n’a jamais vécu à Riga ni à Cracovie […] Pas plus qu’il n’a été déporté dans les camps de Maïdanek et d’Auschwitz. Il a tout inventé », retrace un article du site de publications scientifiques Cairn.
Frédéric Bourdin : « Le Caméléon »
Le « Caméléon » a été condamné en 1998 à six ans de prison aux États-Unis pour avoir fait croire à une famille qu’il était leur fils porté disparu. Rebelote quelques années plus tard à Grenoble, où le jeune Français âgé de 29 ans est interpellé pour avoir usurpé l’identité d’un garçon porté disparu à l’âge de 6 ans. Pour cette supercherie, il sera condamné à deux ans de prison, dont quatre mois ferme. Il sera finalement repéré une dernière fois à Pau au début des années 2000 par une surveillante de collège alors qu’il se faisait passer pour un élève de 4e avant d’être condamné à six mois de prison avec sursis, retrace dans un article La Dépêche du Midi. L’usurpateur aurait utilisé 500 identités différentes au cours de sa vie, et le film Le Caméléon, sorti en 2010, retrace son parcours.
Arnaud du Tilh ou Martin Guerre
Les rouages du « Caméléon » ne datent pas d’hier. Bien avant lui, au XVIe siècle, Arnaud du Tilh s’est présenté dans un petit village de l’Ariège comme étant Martin Guerre. Lequel, à la manière d’Ulysse, serait revenu auprès des siens après huit ans d’absence. Il se trouve qu’Arnaud du Tilh et Martin Guerre avaient été « compagnons de route », retrace le ministère de la Justice, et que la victime a eu la langue un peu trop pendue, permettant à l’usurpateur de travailler son rôle à la perfection. Convaincus par la ressemblance, amis et familles n’ont eu aucune hésitation. La femme de Martin Guerre a d’ailleurs eu deux enfants avec Arnaud du Tilh. Ancien membre d’un village voisin, il n’en était pas à sa première usurpation d’identité et fut repéré presque trois ans plus tard par des témoins. Son procès est raconté sur la page du ministère de la Justice. On y apprend que le vrai Martin Guerre se serait présenté au jugement en appel. À sa vision, sa femme « fondit en larmes et implora à genoux son pardon. Arnaud du Tilh lui-même, troublé par cette soudaine apparition et se sentant perdu, avoua finalement toute la supercherie » avant d’être condamné à mort. Cette affaire à peine croyable est restée dans les annales de la justice française.
Lobsang Rampa : « Le Lama Médecin »
Génie de la fiction littéraire ou écrivain dérangé ? « Dès l’enfance, Lobsang Rampa a su - de la bouche d’un devin - qu’une vie de souffrances l’attendait. Dès l’enfance aussi, grâce au dalaï-lama, il a développé une discipline mentale, un pouvoir de voyance qui lui permettront de surmonter le mal et la douleur ». Voici ce que l’on peut lire sur la quatrième de couverture du livre Lama Médecin, publié en 1999. Son auteur, Lobsang Rampa, y raconte son enfance au Tibet et son voyage en Chine, où il exerce son don pour la télépathie. Des enquêteurs découvrent rapidement le pot aux roses. Celui qui se voulait lama tibétain s’appelait Cyril Henry Hoskin, il était au chômage et habitait au Royaume-Uni. « Quand la police frappe à sa porte en 1957, Rampa fuit en Irlande avec sa femme », écrit le journal Libération. L’écrivain se serait par la suite exilé en Amérique du Sud puis au Canada.



