Humour politique : les sketches d'extrême droite décryptés par Anna Baldy
Humour politique : sketches d'extrême droite décryptés

La dimension politique de l’humour est souvent sous-estimée. De qui rit-on ? Pourquoi rit-on ? Les personnes les plus privilégiées et/ou puissantes sont-elles l’objet de la blague ? Ou sont-ce les personnes les plus vulnérables qui sont moquées ? Et avec quels effets ?

Anna Baldy, qui sur les réseaux sociaux, et notamment via son compte Instagram Grande Bavardeuse, analyse des sujets sociétaux, géopolitiques et médiatiques, évoque dans l’un de ses derniers posts la chaîne YouTube Les films à l’arrache. Elle part d’une vidéo intitulée « 18 ans : le cadeau qui change tout », mise en ligne il y a deux semaines.

Le sketch en question

Dans cette vidéo, on peut voir un jeune s’interroger sur son identité de genre et son orientation sexuelle : « Un jour je me sens mec polyamoureux, un autre meuf, un autre dauphin non-binaire ». Le médecin qui lui fait face, incarné par Patrice Mercier (ex-membre d’Action discrète), lui dit ne rien pouvoir faire : « Avec le temps, les fluctuations identitaires, ça passe ». Puis, découvrant que son patient approche de l’âge de la majorité, il change son discours et lui offre un « cadeau d’anniversaire » à utiliser lorsqu’il aura 18 ans : l’aide à mourir. Le sketch s’achève sur le message « La solution point final(e) » et le mot-dièse « OnVousAideAMourir ».

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Une stratégie de communication de Bolloré

Cette vidéo mêle donc, en moins d’une minute, la transphobie à l’euthanasie avec des relents eugénistes et une référence à peine cachée à la « solution finale ». Selon Anna Baldy, elle serait même « diffusée comme spots publicitaires avant d’autres vidéos sur YouTube ». La créatrice de contenus souligne ensuite que Les Films à l’arrache est liée à Canal+ et, s’appuyant sur un article de L’Humanité, au milliardaire Pierre-Édouard Stérin qui investit dans les médias d’extrême droite en ligne. « Les sketchs humoristiques sur Internet font partie d’une véritable stratégie de communication de Vincent Bolloré », explique-t-elle.

Le réalisateur et ses motivations

Elle aborde ensuite la question du réalisateur de ces vidéos, qui tournent en dérision les minorités, cibles habituelles de l’extrême droite, Laurent Firode : « Selon lui, il est évident que le cinéma français est en berne du fait du "wokisme" qui tue l’humour et qui pousserait les réalisateurs à éradiquer les prolétaires blancs des écrans pour les remplacer par des personnes racisées. Quand on lui demande s’il pourrait se lancer dans un projet de long métrage s’il pouvait être subventionné par les pouvoirs publics, il répond que ça pourrait être envisageable si les choses venaient à changer dans un avenir plus ou moins proche par exemple, peut-être, en 2027. »

Conclusion : savoir pour comprendre

En conclusion, Anna Baldy rappelle que « savoir par qui ça a été fait permet de mieux comprendre ce qu’on est en train de regarder ». Un rappel qui convoque ce que Pierre Desproges disait il y a quarante-trois ans : « On peut rire de tout. Mais pas avec tout le monde. »

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