Deuil et narcissisme : la mort d'une célébrité devient une vitrine personnelle
Deuil et narcissisme : la mort d'une célébrité devient une vitrine

La disparition d’une personnalité connue donne désormais lieu à un phénomène de plus en plus répandu. Alors qu’un décès devrait naturellement attirer notre attention vers celui ou celle qui vient de disparaître, il semble aujourd’hui produire un autre effet. La mort d’un être devient le prétexte d’une valorisation personnelle. Chacun y va de sa photographie avec la personne récemment défunte, comme si l’événement ne consistait plus tant à évoquer celui ou celle qui n’est plus là, qu’à rappeler que nous avons, un jour, croisé sa route.

Un détournement de l’attention

Ce glissement est particulièrement visible sur les réseaux sociaux, où les hommages se transforment souvent en une mise en scène de soi. Plutôt que de partager des réflexions sur l’œuvre ou la vie du disparu, nombreux sont ceux qui postent des selfies ou des clichés où ils figurent aux côtés du défunt. L’hommage devient alors une occasion de briller par procuration, de prouver que l’on faisait partie d’un cercle privilégié, même si la rencontre fut brève ou fortuite.

L’exemple d’Edgar Morin

La disparition récente d’Edgar Morin en a fourni une illustration saisissante. Le célèbre philosophe et sociologue, décédé à l’âge de 102 ans, a suscité une avalanche de témoignages. Mais au-delà des hommages sincères, de nombreux posts semblaient davantage destinés à mettre en avant leur auteur qu’à honorer la mémoire du penseur. « J’ai eu la chance de le rencontrer », « Nous avons échangé quelques mots à une conférence », « Il m’a dédicacé son livre » : autant de phrases qui placent l’intervenant au centre du récit.

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Un phénomène sociétal

Ce comportement n’est pas nouveau, mais il s’est amplifié avec l’avènement des réseaux sociaux. La mort d’une figure publique devient un événement médiatique où chacun veut avoir sa part de lumière. Les psychologues y voient une forme de narcissisme contemporain, où la valeur personnelle se mesure à l’aune des relations que l’on affiche. Dans une société obsédée par la visibilité, le deuil devient un terrain de compétition.

Un besoin de reconnaissance

Derrière cette tendance se cache un besoin profond de reconnaissance. En s’associant à une personnalité célèbre, on cherche à rehausser son propre statut. La proximité, même ténue, avec un grand nom devient un capital symbolique que l’on cherche à monnayer en likes et en commentaires. Mais cette quête de notoriété risque de vider l’hommage de sa substance, réduisant la mémoire du défunt à un simple accessoire.

Vers un retour à l’essentiel ?

Faut-il pour autant condamner toute forme de partage personnel ? Non, bien sûr. Évoquer un souvenir authentique peut être une manière touchante de rendre hommage. Le problème survient lorsque le récit devient plus important que la personne disparue. Peut-être est-il temps de réfléchir à la manière dont nous honorons nos morts, en recentrant l’attention sur ce qu’ils ont été et non sur ce qu’ils nous apportent.

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