Dans son documentaire « Brigitte Macron, l’ombre de la rumeur », diffusé ce dimanche 7 juin à 21h10 sur France 5, la réalisatrice Elsa Guiol propose une autopsie minutieuse d’une infox qui a traversé les frontières et alimenté les sphères complotistes. Cette enquête vertigineuse retrace la chronologie d’une rumeur née sur les réseaux sociaux, nourrie de misogynie et de transphobie, et qui a visé la première dame dès l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017.
Une rumeur qui prend racine dans un contexte de défiance
Brigitte Macron, alors âgée de 64 ans, devient première dame aux côtés d’un président de 39 ans. Cette différence d’âge, qui aurait sans doute moins choqué si l’homme avait été l’aîné, suscite la curiosité des Français dans un climat de défiance croissante envers les institutions, amplifié par la crise des « gilets jaunes » et la pandémie de Covid. Comme le rappelle le sociologue Laurent Cordonier, « ce qui attire une partie de la population, ce sont les histoires de sexe et de pouvoir ». Avant les Macron, le couple Pompidou avait déjà été victime de telles attaques : pour atteindre le président, son épouse Claude avait été accusée d’être impliquée dans l’affaire Markovic.
Les origines de la théorie délirante
Dès le début de la campagne présidentielle, une rumeur prête à Emmanuel Macron une relation avec Mathieu Gallet, alors président de Radio France. Le raccourci est simple : s’il vit avec une femme plus âgée, c’est qu’il aime les hommes. Macron dément publiquement et la rumeur s’éteint rapidement. Mais elle renaît sous une forme plus vicieuse : cette fois, c’est Brigitte qui est visée. On lui reproche la longueur de ses jupes, sa gestuelle jugée masculine, et sa moralité douteuse en raison de sa relation avec Emmanuel, alors qu’elle était son professeur de théâtre.
Peu à peu, une théorie délirante prend une ampleur spectaculaire sur les réseaux sociaux : Brigitte Macron aurait effectué une transition de genre et serait née homme sous le nom de Jean-Michel Trogneux, son propre frère. Cette infox, nourrie de misogynie et de transphobie, est relayée par des figures comme Natacha Rey, pseudo-journaliste dont les élucubrations complotistes trouvent un écho chez le journaliste d’extrême droite Xavier Poussard et Amandine Roy, voyante et animatrice d’un média alternatif. Leurs vidéos atteignent plus de 450 000 vues.
Une enquête qui remonte jusqu’aux manipulations russes
Le documentaire décortique avec précision les étapes suivantes, qui voient la rumeur enflammer Twitter avant de traverser l’Atlantique. L’enquête remonte jusqu’aux manipulations russes destinées à déstabiliser la France, principal soutien de l’Ukraine en Europe. « Brigitte Macron, l’ombre de la rumeur » est une plongée dans les mécanismes de la désinformation, où se mêlent sexisme, transphobie et géopolitique.
Diffusé ce dimanche 7 juin à 21h10 sur France 5, ce documentaire de 1h14 fait partie de la collection « La Fabrique du mensonge ». Il est également disponible en replay sur france.tv.



