« Pour ce métier, il faut aimer le livre », confie Jacky Guy, bouquiniste alésien bien connu, qui s'apprête à passer la main. Originaire de La Vabreille, il a grandi un temps dans la maison du poète Jan Castagno, un signe avant-coureur de sa destinée littéraire. Après une vie entière consacrée aux livres, il cède son établissement de la rue de la République à un jeune Nîmois, au mois d'octobre prochain.
« J'en étais au neuvième prétendant, mais il y avait des profils qui n'étaient pas vraiment faits pour ce métier. Là, je suis content… », confie Jacky Guy, heureux comme Ulysse d'avoir trouvé un repreneur digne de ce nom. La transmission de son commerce, fort de 26 000 ouvrages d'occasion, ouvrira la voie à une retraite méritée.
Un parcours ancré dans la passion des livres
Né en juillet 1959, Jacky Guy a d'abord étudié la comptabilité avant de plonger dans le métier aux côtés de son père Michel, mineur devenu brocanteur et bouquiniste. Ce dernier, retraité à 45 ans de la société des boulets à La Grand-Combe, chinant avec Paulin, propriétaire du Café des fleurs, se lia d'amitié avec Madame Dibon, commerçante de petits meubles et bouquiniste discrète rue de la République à Alès. C'est auprès d'elle que Michel assouvit ses goûts éclectiques de lecture.
Cette passion le conduit à racheter l'affaire en 1972, poursuivant d'abord la brocante et les petits meubles. « Puis petit à petit, les livres ont poussé les objets », se souvient Jacky Guy, qui prendra les rênes du commerce après sa mère Fernande.
Un métier de contact et de transmission
Rejoint par feu son épouse en 2000 — « ici c'était son bonheur, ça a été ses meilleures années » — Jacky Guy a vu des milliers de fois la petite porte d'entrée bleue de son office s'ouvrir, pour son plus grand bonheur. « Pour ce métier, il faut aimer le livre, rien de pire que de faire un boulot que l'on n'aime pas. Mais c'est aussi aimer le contact avec les gens. C'est sûrement ce qui va me manquer le plus, même si je vais rester un temps avec Théo pour la passation. »
Le repreneur, Théo, a « clairement la fibre ». Jacky Guy l'aidera à éviter le miroir aux alouettes de l'ouvrage « rare » acheté trop cher, qui demeure invendu et que l'on finit par brader en se désespérant de perdre son argent. « Le plus difficile dans cette profession, ce n'est pas de vendre, c'est d'acheter. C'est là que l'on gagne sa vie, en sachant qu'internet a tout changé. Et que les générations passent. Quand j'ai commencé, en 1996, il y avait 30 % des ventes autour du roman-photo. En 2022, plus une ! Tout s'est effondré. Pareil pour les romans de guerre et les éditions Gerfaut, les séries noires. Bécassine, aussi, ne se vend plus depuis des années. Henri Troyat, à part pour ses biographies, c'est pareil. Par contre, ce qui marche fort, c'est le roman régional : Marie de Palet, Guy Laborie, Mireille Pluchard… »
Un épilogue et un nouveau chapitre
Comme les pages d'un bon roman, la carrière professionnelle de Jacky Guy arrive à son épilogue. Celle d'un autre roman, la retraite, est désormais à écrire. Parmi les romanciers qui ont marqué le lecteur Jacky Guy figurent Louis-Ferdinand Céline — « on prend une claque en lisant cela » —, Isaac Asimov — « je suis un dingue de SF et quand j'ai commencé Asimov, je n'ai pas pu m'arrêter » — et Michael Connelly, maître du polar avec son mythique policier Hieronymus « Harry » Bosch.



