Gérard Pons, 98 ans, poète toulonnais : « Prenez un carnet, écrivez, relisez »
À 98 ans, Gérard Pons écrit comme on respire. Cet ancien soldat devenu poète transforme chaque instant en matière poétique, en écho à la liberté, thème de l’édition 2026 du Printemps des poètes. Chez lui, à Toulon, il reste toujours porté par l’écriture, avec une présence rare mêlant fragilité et intensité.
Un parcours atypique : de l’ingénierie à la poésie
Formé initialement à des études techniques en Algérie, à Maison-Carrée, Gérard Pons se destinait à devenir ingénieur. Mais les mathématiques ont raison de cette voie toute tracée. « J’aurais construit des ponts qui se seraient écroulés », confie-t-il avec humour. Il choisit alors une autre trajectoire : l’armée, direction le Maroc, au sein du 10e bataillon de parachutistes. Paradoxalement, il apprend non plus à construire, mais à faire sauter des ponts.
Ce détour par la rigueur militaire ne l’éloigne jamais de l’essentiel : la poésie. « La poésie, ce n’est pas de l’écrit, c’est un vécu », affirme-t-il. Elle est un état d’âme, une manière d’habiter le monde, de se relier aux autres, notamment à la femme, figure centrale de son œuvre. Son recueil Couleur femme en est l’illustration la plus aboutie, explorant la féminité comme une source, une origine, un mystère insaisissable.
La liberté au cœur de la création
Cette liberté fait écho au thème du Printemps des poètes. Chez Gérard Pons, elle se manifeste dans le refus des cadres, l’attention à l’instant présent, et la conviction que chaque rencontre porte un sens. Il cite volontiers Paul Éluard : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », ou François Mauriac : « Nous méritons toutes nos rencontres, il nous appartient de leur donner un sens. »
Depuis toujours, Gérard Pons écrit. Un carnet ne le quitte jamais. « Prenez un carnet, écrivez, relisez », conseille-t-il aux plus jeunes. L’écriture, selon lui, est une trace, une manière de prolonger la vie au-delà du temps. Ses textes, souvent inspirés par le vécu, abordent ses thèmes de prédilection :
- La femme
- La nature
- Le temps qui passe
- La liberté, une liberté intime, presque spirituelle, qui s’apparente à la foi
Une poésie toujours en mouvement
Son œuvre a récemment pris une dimension nouvelle avec une mise en musique de ses poèmes. Une rencontre fortuite avec un musicien italien a donné naissance à un livre accompagné d’un CD, où sa voix se mêle aux sons du monde, comme les oiseaux, le vent, ou l’orage. Là encore, la poésie devient une expérience vivante.
À l’heure où beaucoup regarderaient en arrière, lui continue d’écrire, porté par « l’aventure » et « la grâce ». Deux nouveaux ouvrages sont déjà en préparation. Car créer, pour Gérard Pons, n’est pas un choix : c’est une nécessité. Et s’il devait transmettre un message, il serait d’une simplicité désarmante : « Riez, vous vivez ».



