Menton révèle son héritage calabrais à travers une exposition historique
À partir de ce samedi 18 février, la bibliothèque municipale L'Odyssée de Menton accueille une exposition captivante sur l'histoire de l'immigration calabraise dans la Cité des citrons au cours du XXe siècle. Intitulée « Ils venaient du Mezzogiorno », cette initiative portée par la Société d'art et d'histoire du Mentonnais (SAHM) plonge au cœur d'un pan souvent méconnu de la vie locale.
Des destins familiaux au cœur de l'exposition
Derrière des noms de famille devenus emblématiques à Menton – Isaia, Scaramuzzino, Pellicano, Marinello, et bien d'autres aux consonances méditerranéennes – se cachent des récits humains riches et variés. L'exposition retrace les parcours individuels et collectifs de ces familles calabraises qui ont convergé vers Menton, particulièrement au début des années 1920.
Rose-Marie Matton, directrice de la bibliothèque, souligne l'émotion que suscitera cette exposition : « C'est une exposition qui va susciter l'émotion dans toutes les familles mentonnaises ! » D'autant que des descendants ont activement participé à son élaboration, sous la direction de Jean-Claude Volpi et Philippe Calvin.
L'exode économique et les vagues migratoires
Si une première vague d'immigration remonte à 1861, l'afflux principal s'est produit après la Première Guerre mondiale. Ces familles méridionales ont quitté la Calabre, principalement la province de Reggio-Calabria et la zone de l'Aspromonte, pour des raisons économiques.
Leur voyage les a souvent menés à travers l'Italie, généralement en train, avant de s'installer définitivement à Menton. Certains avaient d'abord tenté l'aventure américaine, débarquant à Ellis Island avec l'espoir d'une vie meilleure au Canada, en Argentine ou même en Australie, avant de finalement trouver refuge dans la cité mentonnaise, notamment après que la grippe espagnole ait sévi aux États-Unis en 1918.
Les hommes, issus du monde agricole, se sont consacrés à des travaux manuels exigeants – maçons, ouvriers, plombiers, menuisiers – contribuant à la construction des grands hôtels de la ville. D'autres ont poursuivi des activités agricoles.
Une intégration progressive malgré les difficultés
L'accueil réservé aux Calabrais fut initialement mitigé. Michelle Picoulet et Nicole Vilboux, nées Scaramuzzino, se souviennent avec émotion : « Les Calabrais étaient très mal vus, il ne fallait pas qu'on dise d'où on venait. Nous étions pourtant une communauté discrète et travailleuse. »
L'exposition rappelle également que ces familles ont vécu les soubresauts de l'Histoire, certaines quittant leur pays en 1939 pour échapper au fascisme mussolinien, et subissant les différentes évacuations pendant la Seconde Guerre mondiale à Menton.
La mémoire collective préservée
Jean-Claude Volpi explique : « Nous avons recueilli énormément de témoignages, de documents détenus par les familles et pieusement conservés, et de photos de leurs ascendants ! » Aucune association mentonnaise ne s'était jusqu'alors constituée autour de cette communauté, rendant ce travail de mémoire d'autant plus précieux.
Philippe Calvin précise : « C'est un devoir de mémoire que nous avons entrepris. On peut affirmer sans exagérer que chaque famille mentonnaise comprend au moins un membre originaire du Mezzogiorno ! » Un premier recensement dénombre plus d'une centaine de familles d'origine calabraise à Menton.
Des parcours exceptionnels mis en lumière
L'exposition révèle des destins remarquables :
- Les frères Pellicano – Jean-Pierre, mort en 1968 à la guerre du Vietnam, et Max, sosie d'Elvis Presley
- Carlo Marinello, grand-père de Georges, parti deux fois à New York avant de s'installer à Menton en 1920
- Philomène Joffrida, qui aidait les familles nouvellement arrivées
- La famille de Rose-Marie Matton elle-même, dont les parents, Armando et Antonia Bicchieri, sont venus en voyage de noces en 1962 et ne sont jamais repartis
Philippe Calvin souligne : « C'est une communauté qui a su s'intégrer, en conservant ses valeurs de travail et de respect. Elle a pu évoluer au point d'occuper de très beaux postes. » L'intégration s'est faite notamment grâce à la fréquentation de l'école Forty, des équipes de football comme l'Étoile ou La Garde, et de leurs patronages.
L'exposition présente également des arbres généalogiques réalisés par Stéphanie Calviera-Rayer, tandis que l'affiche est l'œuvre de Martine Tedesco, professeur d'arts plastiques et Grand Prix de Rome.
À découvrir jusqu'au 23 mai à la bibliothèque L'Odyssée de Menton, cette exposition offre un regard unique sur l'héritage calabrais qui a durablement marqué la Cité des citrons.



