Design Parade 2026 : nos coups de cœur en architecture d'intérieur et objets
Design Parade 2026 : nos coups de cœur architecture et objets

Alors que le palmarès de la Design Parade sera rendu samedi, le public peut découvrir jusqu'à fin août à la villa Noailles les réalisations des finalistes et se faire son propre jugement. Pour les jurys des Design Parade objets et architecture d'intérieur qui planchent depuis hier, l'exercice revêt le caractère particulier du concours qui révèle les talents, dessine les carrières et permet les collaborations. En parcourant les salles de la villa Noailles, dont certaines sont ouvertes pour la première fois au public, le visiteur ne peut que faire un choix subjectif en fonction de ses aspirations, affinités et goûts. Voici nos coups de cœur en architecture d'intérieur et objets.

Architecture d'intérieur : pyjama party, oiseaux et cire

La pyjama party de Blanche Mijonnet
Son concept est né dans les souvenirs de son enfance en Provence : l'idée d'une pyjama party « que je n'ai pas pu faire avec mes sœurs enfant… » confie la jeune artiste, ancienne élève de l'école Camondo à Toulon et de l'ECAL. « Une pyjama party qu'auraient pu faire aussi les filles de Marie-Laure et Charles de Noailles… » Savoir que son travail serait exposé dans ce bâtiment historique a été une source d'inspiration pour la jeune femme, qui a puisé dans ce qui fait la Provence pour réaliser cet immense lit couvert d'un tissu entièrement redessiné selon des archives du XVIIIe siècle. Un tissu produit spécialement par Pierre Frey, dans lequel Blanche a introduit un motif supplémentaire, une ligne blanche pour « y donner un caractère plus contemporain ». Sur le valet de chambre, qui peut devenir une étagère, sont posés des pyjamas « trop longs, car tout est donné à voir dans le regard d'un enfant, la perception est chamboulée », sourit Blanche. Le tissu ? Des coupons de la maison Fragonard, « produit en Inde comme à l'époque, avec les mêmes techniques et les mêmes motifs d'origine ». Le sol est en carreaux de Salernes. Au mur, un miroir dessiné avec François Pouenat « en tout laiton deux états qui évoque pour moi un soleil du sud et ses petits miroirs provençaux ». Sur l'immense canapé-lit, deux petites tables d'extérieur ; sur l'une, des verres et bouteilles de couleur rouge réalisés par une verrerie de Biot.

La Chambre des Oiseaux de Jaemo Lee
C'est d'abord le son d'un métronome, hypnotique, qui accompagne le regard parcourant les murs de la chambre de monsieur dont Jaemo Lee a fait la chambre des oiseaux. Le jeune designer coréen a voulu témoigner de la présence des oiseaux sur la colline voisine tout en s'intéressant à l'héritage de la villa Noailles. L'œuvre des surréalistes l'a rapidement interpellé, lui qui est fasciné par le travail de Man Ray. « L'oiseau, confie le jeune homme, est une figure qui apparaît souvent comme un élément symbolique contre la réalité, entre ciel et terre… » De là sont nés papiers peints et peinture au plafond qui rappellent aussi bien le ciel que la mer. Sur la moquette au sol, des pattes d'oiseaux inspirées de Dali. Et Man Ray que l'on retrouve dans cet immense mobile de cintres détournés comme autant d'oiseaux qui battent des ailes quand d'autres viendraient s'y reposer. Sur la table, une forme d'humain, une présence qui attend les oiseaux dont les plumes l'habillent. Un meuble enfin, par lequel le regard peut se poser au loin, sur la Méditerranée. Poétique, chill et sincèrement peacefull.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale
Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La Maison Jaune de Boris Cojean
Un titre emprunté à l'atelier de Vincent Van Gogh à Arles, dans les années 1800, pour expliquer la recherche de Boris Cojean autour de la mise en forme de la cire à l'échelle humaine. Dans la pièce qu'il occupe à la villa Noailles, la Maison jaune est un pur produit de cire inspiré du tableau impressionniste provençal et des couleurs qu'on y trouve : les ocres, les jaunes tournesols, les verts sauge. Le résultat de plusieurs méthodes de mise en forme de la cire. « Elle est ici appliquée au pinceau, enduite sur des toiles de lin, sur les surfaces au mur… Sur le tapis. » Cire moulée encore, pour les assiettes, dont les moules ont été prêtées par les poteries Ravel : « j'ai réédité des sortes de répliques de leurs modèles en cire pour habiller la table et les murs. » Colonnes, guéridons, cadre du miroir fait de « moules à débordement en quelque sorte », obtenus en remplissant à ras bord les moules et en laissant les coulures se balader sur les côtés complètent le tableau. Fascinant et bluffant, surtout par ces températures. « J'assume une forme de fragilité, explique le designer formé à l'ENSCI Les Ateliers, très sensible au caractère éphémère des choses. La cire, c'est une relation très proche du soleil, qui vient en activer les reflets, la transparence, la décolorer au fil du temps. »

Overflowed de Carlotta Lagazzi et Yohann Hubert
Invitation à chiller dans l'environnement de la voile que cet Overflowed proposé par Carlotta Lagazzi et Yohann Hubert. Tout dans cette pièce protégée du soleil par un immense rideau composé de morceaux de voiles d'optimist provient de récupération de déchets nautiques. « C'est paradoxal et triste qu'un sport tellement proche de la nature produise autant de déchets qui ont, dans la plupart des cas, impossibles à recycler », explique Carlotta Lagazzi, qui elle-même a vécu un an sur un voilier. Avec Yohann Hubert, ils ont vu comme une urgence à s'emparer du sujet et l'adapter à la villa Noailles. « Vous êtes en fait dans un salon de repos pour navigateurs à terre », poursuit la jeune femme. Un espace pour ralentir, se poser, et plonger dans l'imaginaire avec des petits objets comme la rose des vents sur les interrupteurs, une sélection littéraire dans la bibliothèque portative. « L'idée, poursuit le designer, c'était vraiment d'amener un peu de design organique, dans la pièce où chaque élément a son identité propre, comme des trophées de voyage », où les récits d'aventure sont lus selon sa sensibilité. Comme un aller-retour constant entre l'appel du large, l'envie d'aventure et la navigation introspective avec des trésors plus intimes.

Design d'objets : son sur papier, textile structurel et céramiques pop

Sonido Material d'Eduardo Altamirano
À n'en pas douter, l'une des idées les plus originales et avant-gardistes de cette édition : des enceintes audio sur une feuille de papier. Le projet est porté par Eduardo Altamirano, Mexicain qui a fait ses études à l'École cantonale d'art de Lausanne. « J'ai une affinité très personnelle avec la musique, explique le jeune homme. Et récemment dans mon processus de design, je me suis beaucoup interrogé sur la façon dont nous vivons avec la technologie, et cela m'a beaucoup questionné aussi sur la technologie liée à l'audio, spécifiquement aux haut-parleurs. » Alors il a cherché, et trouvé, comment rendre les enceintes audio plus accessibles sans perdre en technologie car les haut-parleurs qu'il offre au regard « fonctionnent de la même manière que les enceintes traditionnelles. Mais dans un format différent. » À une petite différence près : elles ne sont pas encore prêtes à « envoyer du lourd ». Le rock, la house, ça devra attendre un peu… « Je ne l'ai pas encore développé pour ce genre de musique car le problème principal, ce sont les basses… Mais j'y travaille », promet-il.

Toron, de Gaspard Fleury-Dugy
Gaspard Fleury-Dugy rhabille le mobilier. « La base de mon travail, explique le designer formé à l'école Swedish school of textiles et École Duperré, c'est d'émanciper le textile qui est souvent un matériau de couverture. Et je voulais montrer que le textile peut être structurant. » Comme sur cette commode, qui tient sans colle ni clou ni vis mais par le seul tressage du tricot de coton entre les joncs en bois. Idem pour la table et les lampes présentées à Design Parade. Un travail que l'on retrouve autour du vase textile dont il a développé la technique, le tout dans un dialogue, une recherche graphique.

Lodmryd, de Maïté Seimetz
Il y a de l'inspiration viking dans une partie du travail présenté par Maïté Seimetz. La Luxembourgeoise formée à la Bartlett school of Architecture sourit à cette évocation. « On me le dit souvent… » Pourtant, ce n'est pas l'esprit qui guide son travail. « Je fais des objets très narratifs et qui jouent avec la fonctionnalité. Pour comprendre la relation entre l'utilisateur et le fait », confie la designeuse qui cherche à rendre vivants les objets, en cherchant à les valoriser autrement que par leur fonction. Ainsi, des chaises censées être confortables prennent un aspect menaçant, un trait que l'on retrouve sur la lampe voisine, si elle s'illumine un peu trop. La chaise à bascule doit vraiment basculer en arrière pour être entièrement confortable. Chaise et chaise à bascule par exemple sont réalisées en matériaux biodégradables, « du bois reconstitué » et en impression 3D. « Je viens ensuite travailler le ponçage, l'assemblage, comme si c'était un mobilier en vrai bois… »

Huacos, de Tin Alaya
Last but not least, l'Équatorien Tin Alaya mélange les figures narratives qui appartiennent à la pop culture aux poteries précolombiennes des Andes. « J'ai fait une résidence dans un musée archéologique à Lima qui détient l'une des plus grandes collections de céramiques précolombiennes… » Tin Alaya leur fait croiser la route de la pop culture. Entre ses mains, la faïence, cuite à basse température, a des allures de Pokémon… L'artiste a travaillé ses enrobés afin de donner à la céramique la couleur et l'aspect ancien. « J'ai poli avec une pierre pour respecter la technique des céramiques précolombiennes. » Le résultat est à la fois amusant et surprenant de technicité. De quoi fasciner tous les publics.

Design Parade : les artistes seront présents jusqu'au dimanche 29 juin à la villa Noailles à Hyères. Expositions à voir jusqu'au 30 août. Renseignements et tarifs sur villanoailles.com.