ImageSingulières en Cévennes : la photo documentaire renaît à Aumessas
ImageSingulières en Cévennes : la photo renaît à Aumessas

Gilles Favier et Valérie Laquittant, fondateurs du festival ImageSingulières à Sète, ont posé leurs valises à Aumessas, un petit village du pays Viganais dans le Gard. Leur nouveau projet, baptisé ImageSingulières en Cévennes, promet de perpétuer l'exigence de la photo documentaire dans un cadre rural.

Un laboratoire de la photo documentaire en pleine nature

La terrasse de leur vieille maison cévenole offre une vue imprenable sur les forêts du Lingas, encore parées de leurs jeunes pousses en ce début avril. Le village d'Aumessas, qui compte 260 habitants à l'année, s'anime peu à peu avec l'arrivée des beaux jours. Ici, au cœur du Parc national des Cévennes, la densité de population est de seulement 12 personnes au kilomètre carré. Le couple, fort de son expérience à Sète où le festival ImageSingulières a attiré jusqu'à 70 000 visiteurs, entend recréer un espace dédié à la photographie documentaire, mais à une échelle différente.

"Attention, on ne refera pas un festival !", prévient Valérie Laquittant. "Ici, on a appelé notre projet ImageSingulières en Cévennes, mais c'est autre chose." Pourtant, les valeurs restent les mêmes : gratuité, rémunération correcte des photographes, résidences et cartes blanches. "Notre festival était gratuit afin de toucher largement. Nous proposions des résidences et des cartes blanches, avec l'idée de faire venir des photographes du monde entier, et des images qu'on ne voyait pas ailleurs", explique Gilles Favier, ancien photographe de presse à Libération et cofondateur de l'agence Vu.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un projet repensé après la crise du Covid

La crise sanitaire et les difficultés financières ont poussé le couple à se questionner. "Moi, je suis très fière de ce qu'on a réalisé, mais cela exigeait une énergie incroyable", confie Valérie Laquittant, qui a également été traversée par des questionnements profonds sur la décarbonation de la culture. "Il fallait qu'on prenne nos responsabilités en matière d'impact écologique."

Depuis deux ans, ImageSingulières en Cévennes se conçoit hors les murs, en itinérance, pour toucher des publics ruraux éloignés. Mais dès l'automne 2026, un nouveau lieu, propriété du couple, permettra d'exposer, d'organiser des projections et d'accueillir des photographes en résidence. Ce bâtiment, en cours de rénovation, abritera également un fonds de 5 000 livres et documents sur la photographie. "On voit ce bâtiment comme un futur lieu de ressource et de réflexion. À terme, on aimerait aussi y accueillir des spécialistes des sciences humaines, des philosophes pour réfléchir à la transition écologique", précise Gilles Favier.

Une programmation exigeante et engagée

En attendant, la salle municipale de la cure, derrière l'église, accueille des expositions temporaires estivales. Le couple possède ses propres collections permanentes. "La photo documentaire, c'est politique et on a imaginé notre réponse à Trump avec une 'suite américaine' en août prochain", annonce Valérie Laquittant. Cette exposition fera suite à celle de l'an dernier, avec John Trotter et son regard sur le fleuve Colorado, et Juliana Beasley qui a illustré la grande précarité d'habitants de la banlieue de New York.

À l'automne, Yohanne Lamoulère, actuellement en résidence, exposera son travail auprès des jeunes de la cité scolaire du Vigan et du centre de formation des apprentis de Florac. Comme pour le travail de Cédric Gerbehaye l'an dernier, un livre sera imprimé et proposé au public, produit en circuit court par un imprimeur du Vigan.

ImageSingulières en Cévennes est plus qu'une promesse, c'est un engagement pour la photo documentaire en milieu rural.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale