De la modélisation 3D à la Nymphe d'or : l'histoire du trophée du Festival TV de Monte-Carlo
Création de la Nymphe d'or : les coulisses du trophée du Festival TV

De sa modélisation à sa conception finale, l’histoire derrière la création de la nouvelle Nymphe d’or, le trophée du Festival TV de Monte-Carlo, est un véritable parcours d’artisanat et de technologie. Fondée en 2014, l’entreprise monégasque 3D Factory a été chargée de réaliser les nouvelles Nymphes d’or pour les lauréats du Festival de télévision de Monte-Carlo. Son créateur Jean-Louis Bollaro raconte les étapes de la création de ces trophées uniques.

Une commande originale

Architecte d’intérieur à l’origine, mais également designer produit, Jean-Louis Bollaro a fondé 3D Factory en 2014. Depuis son atelier situé au 33, rue Grimaldi, l’entreprise monégasque s’est spécialisée, entre autres, dans le dessin de projets d’architectes d’une manière esthétique ou technique. Mais en janvier 2025, la petite entreprise a reçu une commande… plutôt originale. « Le Festival de télévision de Monte-Carlo a fait appel à nous parce qu’ils n’avaient pas de version numérique de leur Nymphe, retrace Jean-Louis Bollaro. Ils souhaitaient faire un prototype 3D fidèle à l’œuvre du sculpteur monégasque François-Joseph Bosio, la Nymphe Salmacis. »

Le natif de la Principauté accepte la proposition et se lance pleinement dans le projet. « On a fait du repérage devant le ministère d’État où se trouve la statue, plutôt que d’aller au musée du Louvre à Paris où est exposée l’œuvre originale. On voulait repartir à zéro par rapport au trophée actuel. Pour cela, on a fait de la capture d’images qu’on a insérées dans un logiciel dédié qui crée une base de maillage qu’on retravaille. C’est grâce à cela qu’on parvient à obtenir des détails assez dingues de la sculpture. Je pense notamment aux fleurs dans la couronne, le visage, le bras… »

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De la version numérique au réel

Séduits par le rendu fidèle à la nymphe originelle, les organisateurs du festival souhaitent aller plus loin. « Ce n’était pas prévu mais ils m’ont demandé de manière très spontanée si j’étais capable de réaliser le trophée qu’on remet aux personnalités. » Nous sommes alors en mai 2025 et Jean-Louis Bollaro accepte sans hésiter la mission qu’on lui confie. Puis, encore une fois, se met au travail avec passion. Car s’il ne peut pas prendre de liberté sur la conception de la nymphe, voulue la plus proche possible de l’œuvre de François-Joseph Bosio, cet architecte d’intérieur de formation s’est amusé à retravailler la base du trophée.

« On a fait une étude historique des statuettes remises depuis la première édition en 1961 et on a constaté qu’elles avaient évolué. Pour le socle, on s’est inspiré du premier modèle qui était fait en marbre pour changer du plexiglas. On a aussi fait une étude des trophées d’autres compétitions comme la Mostra de Venise, la Berlinale ou la Palme d’or de Cannes. On voulait voir comment les lauréats tenaient les récompenses. »

Une production locale et artisanale

Fin 2025, Jean-Louis Bollaro obtient le feu vert du festival pour entamer la production début 2026. Commence alors une course contre-la-montre pour livrer début juin quatorze statuettes. « Pour cela, on a décidé de s’entourer. On a fait appel à des artisans que j’ai sollicités pour savoir s’ils étaient partants pour cette aventure. Le fondeur “Atelier SL Prestige” basé à Vallauris, et qui a participé à ce projet, m’a parlé de la “Marbrerie provençale” à Cagnes-sur-Mer. Ils ont leur marbre sur place, ce qui nous a permis de tout faire à proximité de Monaco et d’éviter d’aller chercher de la pierre à l’autre bout du monde. C’était une demande spécifique du festival de tout faire en local. »

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Première étape, et la plus grande partie du travail, la fonderie. « Elle a duré plus de trois mois. J’ai partagé au fondeur ma visualisation 3D pour qu’il crée lui-même son moule. Puis il a fallu faire les finitions avec le ponçage de certains résidus avant de passer à la deuxième étape : le socle. » Un processus qui n’a duré qu’une semaine mais qui aura sollicité la créativité de Jean-Louis Bollaro. « On a fait plusieurs essais en croquis et en impressions 3D. On en a fait des ronds et d’autres plus originaux. On a opté pour cette forme finale en rectangle avec un bord arrondi pour faciliter la prise en mains. On voulait éviter que les récipiendaires prennent le trophée par la nymphe et qu’on ne la voit pas sur les photos. Alors quand on a vu que le prince Albert II et Michel Drucker [l’animateur a reçu une Nymphe d’honneur vendredi dernier, ndlr] l’ont porté précisément comme on l’avait imaginé, on était vraiment heureux. »

La nymphe est faite en laiton poli et verni pour que la statuette de 2,8 kg puisse être préservée dans le temps. « Cela enlève le côté trop jaune, brillant et un peu surfait », estime Jean-Louis Bollaro. Cerise sur le gâteau, chacun des trophées est désormais millésimé, ce qui n’était pas le cas auparavant. Sur une petite étiquette, on retrouve le logo et le numéro du festival, ainsi que le numérotage de la récompense, de 1 à 14. « On voulait en faire un objet d’exception. »

Jean-Louis Bollaro et son collègue Luc Askew Vajra n’en reviennent toujours pas depuis leur bureau. « On ne réalise pas. On a tout terminé il y a une semaine seulement dans un timing très serré. C’est beaucoup de fierté et d’émotion parce qu’on se rend compte que ces trophées signifient beaucoup pour les personnalités. C’est un bel objet et on espère qu’il sera mis en valeur chez eux. Un trophée c’est une récompense méritée d’un talent ou d’un savoir-faire donc il doit être un souvenir mémorable pour eux. »