Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof rompt le silence après la mort d'Ali Khamenei
Il a finalement pris la parole. Dimanche 1er mars, au lendemain de la frappe militaire israélo-américaine ayant coûté la vie au guide suprême iranien Ali Khamenei à Téhéran, le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof a posté sur son compte Instagram une oraison funèbre dépourvue de toute ambiguïté. Le message central : un bon débarras.
L'auteur du puissant Les Graines du figuier sauvage – un thriller hommage saisissant au mouvement Femme, vie, liberté – a attendu la confirmation officielle du décès par les autorités iraniennes avant de publier sa missive. En plusieurs publications écrites en farsi et relayées par la presse américaine, ses mots vigoureux capturent l'écho des cris de joie d'une majorité d'Iraniens à travers le globe, de Téhéran à Los Angeles en passant par Paris et Londres.
Une condamnation sans appel du régime
Qualifiant Khamenei de "figure la plus détestée de l'histoire contemporaine de l'Iran", pour qui "la mort est une fin trop douce", Rasoulof dresse le bilan "sombre et lourd de crimes innombrables". Il estime que pour chaque page de ce bilan, le défunt guide "aurait dû être jugé et puni de nombreuses fois devant le peuple iranien et la conscience humaine".
Le cinéaste confie qu'il aurait préféré une capture vivante, mais laisse libre cours à sa rage contre un despote incarnant selon lui "les dimensions les plus sombres possibles de l'existence humaine contemporaine", abrité derrière la religion et une fausse sainteté. "Des millions d'Iraniens, des générations passées aux générations à venir, en ont payé et en paieront le prix !", assène-t-il.
Rasoulof poursuit en dénonçant le "Khamenisme" comme une tendance et le cercle de corruption de cette "secte criminelle" comme un regroupement de "propriétaires illégitimes" ayant dévoré les ressources de l'Iran pendant des décennies. Il conclut ce post par un message d'espoir : "De nouveaux jours nous attendent sur le chemin difficile vers la liberté".
Un exil forcé et une lutte artistique de longue date
L'euphorie teintée de colère de Rasoulof puise ses racines dans un long combat. En 2011, après que son film Au revoir eut remporté deux prix à Cannes, il fut condamné avec son confrère Jafar Panahi à six ans de prison et une interdiction de tourner de vingt ans pour "propagande contre le régime". Sa peine fut suspendue, mais la surveillance constante persista.
En 2017, à son retour du Festival de Telluride où était présenté Un homme intègre – un portrait acéré de la corruption iranienne –, les autorités lui confisquèrent son passeport. Le coup de grâce survint en mai 2024 : condamné à la prison et à la flagellation pour Les Graines du figuier sauvage, Rasoulof prit la fuite vers l'Allemagne. Présenté à Cannes peu après, le film y remporta le Prix spécial du jury, une consécration internationale et un camouflet pour Téhéran.
Malgré les victoires, le cinéaste exprime un profond mal-être d'artiste exilé, impuissant face au sort de son pays. C'est depuis cet exil allemand qu'il a pris la parole, devenant le premier grand cinéaste iranien à réagir publiquement à la mort de Khamenei, selon Variety et The Wrap.
L'écho dans la diaspora cinématographique iranienne
À sa joie anxieuse s'ajoute celle de la diaspora cinématographique irano-américaine. L'Independent Iranian Filmmakers Association (IIFMA), basée à Los Angeles, a publié un communiqué rappelant que "le régime islamique en Iran a laissé ses citoyens sans défense" après l'insurrection nationale et le massacre tragique de janvier 2026, les contraignant à réclamer une intervention humanitaire urgente.
L'association appelle la communauté internationale à "appliquer la souveraineté de l'Iran" et à protéger en priorité les "dizaines de millions de citoyens retenus en otages par le régime". Elle soutient "toutes les actions ciblées visant les officiels et agents d'oppression tout en évitant de blesser des civils innocents", soulignant la nécessité de mettre fin à ce "cycle archaïque de violence patriarcale".
Rappelons que les 8 et 9 janvier, les Gardiens de la révolution ont réprimé avec une violence extrême des manifestations à travers l'Iran, faisant selon diverses sources au moins 30 000 morts, voire davantage.
Un silence artistique qui interroge
Alors que la guerre fait rage au Moyen-Orient depuis le début de l'opération conjointe américano-israélienne, d'autres artistes iraniens pourraient s'exprimer. À la dernière cérémonie des Césars, l'actrice Golshifteh Farahani avait livré un discours bouleversant et vibrant, applaudi par une assistance qui ne s'est pourtant pas levée.
De l'autre côté de l'Atlantique, le silence assourdissant des grandes figures hollywoodiennes sur le sujet continue d'être scruté, et le sera particulièrement lors de la prochaine cérémonie des Oscars, le 16 mars. La prise de parole courageuse de Mohammad Rasoulof résonne ainsi comme un appel dans un paysage artistique souvent trop discret face aux tragédies politiques.



