Ponies : la série d'espionnage qui transforme les invisibles en héroïnes
Ponies : des épouses d'agents deviennent espionnes à Moscou

Elles sont considérées, toutes les deux, comme des « personnes sans intérêt ». Des « Ponies », comme on dit dans le jargon de la CIA à la fin des années 1970. Actualité internationale oblige, la guerre froide est redevenue l’arène favorite des séries d’espionnage. Depuis The Americans en 2013, les fictions d’agents secrets sous fond de rideau de fer se multiplient. La dernière en date, Ponies, disponible sur Max depuis le 28 mai, y ajoute une proposition inédite : et si les meilleures espionnes étaient celles que personne ne regardait ?

Le regard des hommes, leur meilleure couverture

Bea (Emilia Clarke) et Twyla (Haley Lu Richardson, vue dans The White Lotus), deux épouses d’agents de la CIA à l’ambassade américaine de Moscou, se retrouvent propulsées espionnes malgré elles après la mort suspecte de leurs maris. Qui irait soupçonner deux secrétaires ? Certainement pas les hommes qui les entourent – et c’est exactement ce qui va faire d’elles des agentes hors pair.

Dès ses premières minutes, Ponies installe une proposition réjouissante et acérée : le mépris ordinaire que les hommes de l’époque portent aux femmes devient, retourné comme un gant, leur superpouvoir absolu. Bea, discrète et appliquée, maîtrise le russe et sait se fondre dans la masse. Twyla, solaire et imprévisible, joue sur l’effet de surprise. Ni l’une ni l’autre n’est jamais prise au sérieux – et c’est précisément pour ça qu’elles passent partout. La série porte un regard ironique et féroce sur les représentations de genre de l’époque, sans jamais en faire un manifeste lourdaud.

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Une série qui signe le retour d’Emilia Clarke

Rencontré en marge de la compétition officielle du 65e Festival de Télévision de Monte-Carlo où Ponies est en lice, David Iserson, cocréateur de la série avec Suzanne Fogel, raconte que Peacock, le réseau américain, a posé une condition claire pour donner son feu vert : « Ils étaient d’accord pour lancer la série avec un certain niveau d’actrice », résume-t-il.

Emilia Clarke, que le créateur suit depuis Game of Thrones, est approchée en premier. L’interprète de Daenerys hésite entre les deux rôles avant de choisir Bea. Pour Twyla, la révélation vient d’une rencontre : « Haley est entrée dans le café habillée comme Twyla, elle parlait comme Twyla. On l’avait trouvée. » L’alchimie entre les deux actrices, immédiate à l’écran, fait le sel de la série.

L’ombre de la Russie, et le choix ukrainien

Difficile, en 2026, d’évoquer le Moscou de la guerre froide sans que l’actualité ne s’invite dans la conversation. David Iserson a écrit Ponies alors que la Russie de Poutine constituait déjà, dit-il, « une sorte de spectre » en toile de fond. L’invasion de l’Ukraine en février 2022 a renforcé une conviction : « Je ne sais pas ce qu’il y a dans le cœur de chaque Russe, mais je veux explorer ce que les gens perçoivent de ce pays, pourquoi il est si complexe et si différent aux yeux occidentaux. »

Le contexte géopolitique influe le casting. Le personnage de Sasha, agent du KGB, est joué par un acteur ukrainien – un choix délibéré. « Il était important qu’il soit ukrainien, qu’il parle ukrainien à sa mère et sa sœur », explique David Iserson. La production a également refusé de recruter des acteurs vivant en Russie, pour ne pas que l’argent de la série parte en impôts russes.

Du rire aux enjeux réels

Ancien de Saturday Night Live, David Iserson avait déjà collaboré avec Susanna Fogel sur L’Espion qui m’a larguée (2018), comédie d’action grand public. Avec Ponies, mêmes univers, même goût pour l’espionnage au féminin, mais ton radicalement différent. Plus de gravité.

« On voulait que les enjeux et le suspense soient très, très réels. Que le deuil que traversent ces femmes soit une chose émotionnellement palpable qui les porte tout au long de la série. On ne voulait pas que les blagues viennent court-circuiter les enjeux ou l’émotion. »

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L’humour est toujours là – souvent mordant, avec une ironie qui culmine dans l’apparition de George H.W. Bush en directeur de la CIA – mais il sert de contrepoint. Car sous le vernis vintage et l’humour à la SNL, cette série d’espionnage retourne le regard masculin contre lui-même et offre enfin aux personnes sans intérêt le premier rôle qu’elles méritaient.