Pauline Clément, de Broute à la Comédie-Française : une étoile montante du cinéma français
Drôle et touchante, Pauline Clément, sociétaire de la Comédie-Française, s'impose comme un visage du cinéma français sur lequel il va falloir compter. À l'affiche d'Une fille en or, elle incarne avec brio une trentenaire en quête d'affirmation, dans une comédie romantique qui marque son premier rôle principal au cinéma.
Un parcours atypique et une ascension remarquable
Pauline Clément a été découverte par le grand public grâce à ses pastilles humoristiques dans Broute sur Canal+, avant de briller sur les planches de la Comédie-Française. Passée par le Conservatoire National d'Art Dramatique, elle a su se frayer un chemin unique, souvent aux côtés de son compère Bertrand Usclat, pour finalement intégrer la prestigieuse institution théâtrale.
Son parcours n'a pourtant pas été linéaire. La comédienne raconte avec humour ses débuts difficiles : « Avant de vouloir être comédienne, j'avais fait un CAP d'esthétique où l'on nous apprenait à envoyer des lettres de stage très codifiées. Quand j'ai cherché un agent, j'ai écrit des lettres très belles, très carrées, en disant simplement : 'Madame, Monsieur, j'aime le théâtre, je cherche un agent'. Évidemment, personne ne me rappelait. Je ne me rendais pas compte à quel point j'étais à côté de la plaque ».
La légitimité conquise et l'affirmation d'un style unique
Lors de ses débuts à la Comédie-Française, Pauline Clément a dû surmonter un sentiment d'illégitimité. « Quand je suis rentrée à la Comédie-Française, je culpabilisais. Je me sentais illégitime car je ne suis pas une intellectuelle. Je voyais des gens comme Denis Podalydès qui parlent si bien sur France Culture, et je me disais que si on me posait une question sur Bérénice, je n'aurais pas cette culture-là », confie-t-elle.
C'est le directeur de la Comédie-Française, Éric Ruf, qui l'a rassurée : « Il m'a expliqué qu'il ne m'avait pas engagée pour mes connaissances en littérature, mais pour mon instinct et ma liberté de jeu, que d'autres n'avaient peut-être plus ». Cette reconnaissance lui a permis d'accepter sa propre culture, fondée sur le rythme et le sens de la rupture comique, et de proposer sa vision des textes classiques.
Une fille en or : un premier rôle principal prometteur
Dans Une fille en or, réalisé par Jean-Luc Gaget, Pauline Clément incarne Clémence, une jeune femme qui prend soudain conscience que personne ne l'a jamais admirée. Face à Paul, un petit patron autoritaire joué par Arthur Dupont, elle se demande : « Et si je valais plus que je ne le crois ? ».
La comédienne a été séduite par ce personnage discret : « Ce qui m'a plu dans ce projet, c'est que Clémence est une fille un peu taiseuse. C'est un rôle principal, mais un peu effacé, où ce sont souvent les autres qui parlent pendant qu'elle observe et donne simplement son avis. J'aimais cette idée de pouvoir rester dans un jeu détaché ».
Une approche cinématographique hybride
Pauline Clément défend une forme de cinéma hybride, qu'elle qualifie de « dramédie ». « Le ton que j'aime, c'est la comédie, mais je n'aime pas quand c'est trop gros, quand on ne croit plus aux situations. J'aime particulièrement la 'dramédie'. Ce sont des films drôles, un peu touchants, jolis, qui ne cherchent pas forcément le rire à tout prix », explique-t-elle.
Cette approche subtile, qui privilégie un humour fin et évite les situations trop « potaches » ou purement burlesques, caractérise son jeu et son choix de projets. Elle incarne ainsi une nouvelle génération de comédiens français, à la fois ancrés dans la tradition théâtrale et ouverts à des formes narratives contemporaines.
Un film porté par une distribution solide
Une fille en or bénéficie d'une distribution de qualité, avec notamment Arthur Dupont dans le rôle du patron, Loïc Legendre en beau-frère adepte de jeux de mots, Quentin Dolmaire en copain d'avant un peu trop collant, et Karin Viard dans son propre rôle. Mention spéciale à Bruno Podalydès, qui incarne un mystérieux voyant et dont la fantaisie aurait, selon certains, pu donner encore plus d'éclat au film.
La réalisation de Jean-Luc Gaget, ancien scénariste de Solveig Anspach, offre un univers poétique et atypique, même si certains critiques relèvent un déroulé qui donne parfois l'impression d'intentions collées les unes aux autres, sans former un ensemble parfaitement abouti.
Malgré ces réserves, la pétillance de Pauline Clément permet d'adhérer pleinement aux déboires professionnels, personnels et sentimentaux de son personnage. Son interprétation sensible et juste confirme qu'elle est bien une étoile montante du cinéma français, dont la carrière mérite d'être suivie avec attention.



