La disparition tragique de Nadia Farès à 57 ans
La semaine printanière vient d'être brutalement assombrie par l'annonce du décès prématuré de Nadia Farès, à l'âge de 57 ans. L'actrice française d'origine marocaine a été retrouvée inanimée au fond de la piscine du complexe sportif Blanche, dans le 17e arrondissement de Paris, le jeudi 11 avril dernier. Transportée d'urgence à l'hôpital, elle avait été placée dans un coma artificiel avant de succomber à ses blessures ce vendredi 17 avril, comme l'ont confirmé ses deux filles, Cylia et Shana Chasman, dans un communiqué déchirant.
Un hommage émouvant sur les réseaux sociaux
Cylia Chasman a rendu un vibrant hommage à sa mère sur Instagram, écrivant avec une profonde émotion : « Tu étais mon modèle. Tu n'étais pas seulement une mère incroyable mais aussi ma meilleure amie. Je t'aime, je t'aime, je t'aime. Veille sur moi s'il te plaît, repose en paix maman ». Ce message poignant a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant une vague de tristesse et de soutien de la part des admirateurs de l'actrice et du milieu cinématographique français.
Une carrière marquée par des rôles de femme forte
Entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, Nadia Farès s'est imposée comme l'un des grands espoirs du cinéma français, incarnant avec brio des personnages de femmes coriaces et déterminées. Dotée d'un franc-parler remarquable et d'une beauté naturelle sans artifice, elle a marqué les esprits grâce à trois rôles particulièrement mémorables qui ont constitué ce que les critiques ont surnommé « la trilogie des coriaces ».
La trilogie emblématique
- En 1997, dans la comédie noire Les Démons de Jésus de Bernie Bonvoisin, elle incarne Marie, une caissière de supérette au caractère bien trempé qui sert de pilier mental à une famille dysfonctionnelle.
- En 2000, elle campe Fanny, une glaciologue énigmatique aux côtés de Jean Reno et Vincent Cassel dans le thriller à succès Les Rivières pourpres, adaptation du best-seller de Jean-Christophe Grangé.
- En 2002, dans le film d'action percutant Nid de guêpes réalisé par Florent-Emilio Siri, elle impressionne en lieutenant des forces spéciales chargée d'escorter un parrain albanais, aux côtés de Samy Naceri, Benoît Magimel et Pascal Greggory.
Ces trois performances remarquables, dans des univers quasi exclusivement masculins, ont permis à Nadia Farès d'imposer son charisme et sa force tranquille, lui ouvrant les portes d'une notoriété nationale. Bien que Nid de guêpes ait connu un succès mitigé en salles, il est devenu un film culte en vidéo, consolidant la réputation de l'actrice.
Les débuts prometteurs et la reconnaissance progressive
Avant cette trilogie déterminante, Nadia Farès avait déjà attiré l'attention des cinéphiles et des professionnels. Dès 1994, dans Elles n'oublient jamais de Christopher Frank, elle jouait une Angela vénéneuse harcelant Thierry Lhermitte. Elle a également tourné sous la direction d'Alexandre Arcady dans Dis-moi oui (1995) et de Claude Lelouch dans Hommes, femmes : mode d'emploi (1996).
Sa présence régulière sur les plateaux télévisés durant la promotion de ses films, ainsi que ses apparitions dans des séries télévisées comme Navarro, ont contribué à ancrer son image dans le paysage médiatique français du nouveau siècle. La presse grand public n'a pas manqué de souligner sa ressemblance avec la top-modèle Cindy Crawford, une comparaison qui, selon certains observateurs, n'a pas toujours servi ses ambitions d'actrice.
Un profil unique dans le cinéma français
Les cinéphiles et les spécialistes ont plutôt rapproché son profil de celui d'actrices internationales comme Michelle Rodriguez, soulignant sa capacité à être aussi à l'aise avec les dialogues qu'avec les scènes d'action physique. Florent-Emilio Siri, réalisateur de Nid de guêpes, a souvent regretté que le milieu du cinéma français n'ait pas su exploiter pleinement le talent singulier de Nadia Farès, notamment la tension entre sa plastique remarquable et sa rugosité de femme à poigne.
L'interruption de carrière et la vie familiale
Au milieu des années 2000, Nadia Farès a fait le choix délibéré d'interrompre sa carrière cinématographique. Cette décision radicale est survenue après sa rencontre, par l'intermédiaire de Luc Besson, avec le producteur américain Steve Chasman, célèbre pour la franchise Le Transporteur. Le coup de foudre a conduit à un mariage express, suivi de la naissance de leurs deux filles, Shana en 2002 et Cylia en 2005. La famille s'est alors installée à Los Angeles, marquant une pause de près de dix ans dans la carrière de l'actrice.
Le retour remarqué à l'écran
Le grand retour de Nadia Farès s'est amorcé en 2016 avec la série Marseille sur Netflix, où elle incarnait Vanessa d'Abrantes, présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, aux côtés de Gérard Depardieu et Benoît Magimel. Cette production marquait également ses retrouvailles avec Florent-Emilio Siri à la réalisation.
Elle a ensuite enchaîné plusieurs rôles à la télévision française, notamment dans Les Ombres rouges (C8, 2019), La Promesse (TF1, 2020), Luther (TF1, 2021) et Les Siffleurs (France 2, 2023), une fiction engagée sur les violences sexistes. Au cinéma, Roger Avary lui a offert un second rôle tranchant dans Lucky Day (2019), rappelant ses qualités de tough girl qui avaient fait sa renommée.
Un héritage cinématographique et une disparition prématurée
Le milieu du cinéma français pleure aujourd'hui la disparition prématurée d'une artiste au caractère bien trempé, libre et hors système, qui avait encore tant à offrir. Nadia Farès restera dans les mémoires comme une actrice qui a su imposer des personnages de femmes fortes dans un paysage cinématographique souvent conventionnel, tout en naviguant avec authenticité entre ses priorités personnelles et ses ambitions professionnelles.
Son décès tragique laisse un vide dans le paysage culturel français et soulève des questions sur la capacité de l'industrie cinématographique à valoriser pleinement les talents singuliers. Les admirateurs de son travail et ses proches garderont le souvenir d'une femme passionnée, d'une mère dévouée et d'une artiste dont le potentiel n'a malheureusement pas pu s'épanouir autant qu'on l'aurait souhaité.



