« La Fille à la valise » : l'été cruel de Claudia Cardinale, chef-d'œuvre de Zurlini
« La Fille à la valise » : l'été cruel de Claudia Cardinale

« La Fille à la valise » : l'éducation sentimentale amère de Claudia Cardinale

Ce soir, la chaîne Ciné+ Classic diffuse à 22h25 un film fondateur de la carrière de Claudia Cardinale : « La Fille à la valise ». Réalisé en 1961 par Valerio Zurlini, ce drame italien est considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de ce génie secret du cinéma transalpin, auteur de films sublimes comme « Été violent » et « Le Professeur ».

Un amour impossible au bord de l'Adriatique

L'action se déroule au début des années 1960, sur les bords de l'Adriatique, où l'on danse sur des musiques frivoles de Mina et d'Adriano Celentano. Lorenzo, interprété par Jacques Perrin, est un adolescent trop jeune pour profiter pleinement de cette dolce vita. Il tombe pourtant éperdument amoureux d'Aida, une danseuse de cabaret abandonnée par son amant, magistralement incarnée par Claudia Cardinale.

Se sentant l'âme d'un chevalier servant, le jeune homme dérobe de l'argent à sa riche famille et s'enferre dans un réseau de mensonges. Évidemment, tout sépare ce garçon vivant dans un palais d'Aida, qui n'a connu que des chambres d'hôtel miteuses. Cette éducation sentimentale pleine d'amertume constitue le cœur du film.

Claudia Cardinale, de la misère milanaise à la lumière

Sortie tout droit des taudis milanais évoqués dans « Rocco et ses frères », Claudia Cardinale, cette fille sauvage au visage de madone, est ici exposée en pleine lumière. Le film consacre son statut de star. Si sa moue boudeuse et ses cheveux ébouriffés trahissent une certaine influence de Brigitte Bardot, l'actrice n'a cependant rien d'une starlette superficielle.

Déjà comédienne accomplie, elle transcende avec brio le cliché de la jeune femme pauvre, séduite puis abandonnée. Aida, laissée-pour-compte du miracle économique italien, comprend douloureusement qu'elle n'est qu'un objet pour des hommes cyniques. Ces derniers tentent soit d'acheter son corps, soit, comme le maladroit Lorenzo, d'acheter ses sentiments avec un argent qui, paradoxalement, ôte toute valeur à l'amour.

L'art impressionniste de Valerio Zurlini

La modernité de ce film ne se résume pas à son scénario, qui aurait pu n'être qu'un mélo néoréaliste de plus. Loin du baroque de Federico Fellini et du formalisme de Michelangelo Antonioni, l'art de Zurlini réside dans la peinture impressionniste des émotions.

Pour exprimer l'éblouissement du premier amour, il lui suffit de filmer le visage comme envoûté de Jacques Perrin. L'usage novateur de chansons pop, comme celles d'Adriano Celentano dont la voix écorchée semble hurler le désespoir muet du garçon, participe de cette atmosphère unique.

Comme le fera plus tard son véritable héritier, Wong Kar-wai, Zurlini parvient avec une grâce rare à rendre palpable l'immatérialité même des sentiments. Lorsque les deux personnages retournent inéluctablement à leurs destins respectifs, le réalisateur ne filme pas seulement un amour inaccompli, mais son souvenir, déjà presque effacé, empreint d'une mélancolie profonde.

« La Fille à la valise » est bien plus qu'un simple drame. C'est une œuvre intemporelle sur l'innocence perdue, les illusions de la jeunesse et les fractures sociales de l'Italie du boom économique. Une leçon de cinéma à ne pas manquer.

Diffusion : Mercredi 11 février à 22h25 sur Ciné+ Classic. Drame italien de Valerio Zurlini (1961). Avec Claudia Cardinale, Jacques Perrin, Romolo Valli. Durée : 2h00. Disponible à la demande sur myCANAL.