Le film d'animation Jim Queen dynamite les codes du cartoon français. Satire queer, virus de "l'hétérose" et humour ravageur s'y mêlent dans un Paris uchronique où tout le monde en prend pour son grade. Attention, ceci n'est pas un dessin animé pour enfants ! Ceci est un film d'animation réservé à un public adulte et averti qui, même prévenu, n'est pas prêt pour l'heure et demie de délire drôlissime, brillantissime et queerissime qui l'attend ! Ceci est Jim Queen, le premier long métrage du studio français Bobbypills qui s'est fait une spécialité du cartoon trash, pop, satirique et déjanté (Peepoodo, Crisis Jung, Captain Laserhawk…) et ceci est chaudement recommandé !
Un Paris homonormé et un virus dévastateur
Or donc, dans un Paris légèrement uchronique et franchement homonormé, Jim Parfait est-il une icône gay, adorée de tous, et plus particulièrement la superstar des salles de sport adulée et copiée par toutes les "gym queens" : pilosité savamment entretenue, musculature hypertrophiée, petites fesses bien moulées et paquet garni… Sauf qu'une maladie se propage dont les symptômes sont graves et multiples : désintérêt pour le culte du corps, apparition de fashion faux-pas, soudaine compréhension de la règle du hors-jeu, attirance pour les gros seins… Il s'agit de l'hétérose, un virus qui transforme les homos en hétéros.
Beaucoup d'autodérision
Un jour, horreur, Jim Parfait découvre qu'il lui manque un abdo, il est fichu, il l'a contracté ! Au même moment, Lucien, un jeune homme fin et gracieux, vivant en reclus, se décide à sortir du placard et quitter sa mère possessive et acariâtre, Christine Bayer, qui s'avère en plus ministre de la Santé et homophobe ! Lucien va enfin rencontrer Jim Parfait dont il est à la fois fan absolu et fou amoureux, mais ce dernier, narcissique et imbu de lui-même, ne s'intéresse qu'à un docteur clandestin et controversé qui aurait trouvé l'antidote à l'hétérose : la chloroqueer. Lucien va l'aider à le trouver et, dans l'aventure, découvrir un monde qu'il n'a fait jusque-là que fantasmer…
C'est à sa suite que le public (s'il n'est pas déjà affranchi) pénètre la communauté LGBTQIA+, qui ne se révèle pas aussi unie et inclusive que Lucien le pensait mais divisée en clans : outre les "gym queens" fières de leur corps, il y a les "bears" (ici, des vrais ours potelés) qui s'en fichent un peu, les "twinks" minces et juvéniles, les zombies amateurs de "chemsex"…
C'est du reste l'une des grandes forces de ce film qui brocarde (très) joyeusement l'hétéronormativité et dénonce les violences et les intolérances qui perdurent : il ne manque pas non plus de moquer ce que son "camp" produit de standards, de hiérarchies et d'exclusions. En clair, tout le monde en prend pour son grade et est invité à se décontracter pour le bien de chacun.
Une esthétique pop irrésistible
Devant Jim Queen, on l'est très vite, voire immédiatement, grâce à son dessin cartoonesque, tout en rondeurs adorables et en couleurs acidulées, et son animation remarquable de fluidité et de souplesse. Une esthétique qui attire la sympathie et permet à l'histoire totalement délirante et férocement engagée de passer crème. Les dialogues sont savoureux, truffés de jeux de mots rigolos et de vannes satiriques bien senties, et les innombrables cochonneries, balancées sans détour, avec le sourire.
Mais nos facétieux et inventifs réalisateurs en scène esquivent avec une virtuosité éclatante la représentation explicite… Bon, d'accord, à un moment, une prostate géante apparaît à Lucien et elle lui parle avec la voix de Philippe Katerine mais si on ne peut plus rigoler… Avec Jim Queen, on peut, il ne faut pas se priver, ça fait un bien fou !



