« Hurlevent » d'Emerald Fennell : Une Réinterprétation Cinématographique Radicale
Le slogan publicitaire de « Hurlevent » le présente comme le « Roméo et Juliette de cette génération », une comparaison qui peut surprendre. Sur l'affiche, les visages extatiques de Margot Robbie et Jacob Elordi évoquent les grands classiques hollywoodiens, mais cette analogie masque la singularité profonde du film. Si les amants de Vérone sont séparés par une haine familiale ancestrale, les héros d'Emily Brontë affrontent des obstacles bien plus insaisissables, suscitant débats depuis 1847.
Une Vision Personnelle et Hybride
Emerald Fennell, réalisatrice de Promising Young Woman et Saltburn, rejette délibérément la tragédie romantique traditionnelle et les adaptations pop. Son « Hurlevent » est un film hybride, à la fois naïf et pervers, électrisé par une libido déchaînée et une soif de grandeur hollywoodienne. Influencé par Tim Burton et Yórgos Lánthimos, il mélange les genres avec une audace tonique, assumant même une part de mauvais goût qui le rend passionnant.
Une Fanfiction Assumée
« Je veux avant tout rendre compte de ce que j'ai éprouvé quand j'ai découvert le livre à l'âge de 14 ans », déclarait Fennell. Le film apparaît ainsi comme une œuvre de fanfiction, élaguant sans ménagement les éléments du roman qui ne retiennent pas son attention. Disparaissent ainsi :
- Le dispositif narratif complexe avec M. Lockwood et Nelly Dean.
- La deuxième génération de personnages, dont les enfants de Heathcliff et Cathy.
- Hindley Earnshaw, le frère de Catherine, pourtant crucial chez Brontë.
Nelly Dean, interprétée par Hong Chau, est promue au rang de dame de compagnie, permettant de souligner le sadisme latent de l'héroïne.
Casting et Subjectivité
Le casting relève de la fantaisie pure. Margot Robbie, trentenaire ayant joué Sharon Tate et Barbie, incarne une sauvageonne adolescente du Yorkshire, tandis que Jacob Elordi, au teint pâle, s'éloigne des origines gitanes ou indiennes de Heathcliff. Fennell assume ce choix, l'expliquant par une ressemblance avec l'illustration de son exemplaire d'adolescence, inspirée de Laurence Olivier dans l'adaptation de 1939.
Un Mystère Préservé
Le film ne cherche pas à percer le mystère fondamental du roman, comme la célèbre déclaration « Je suis Heathcliff ». Utilisant des dialogues de Brontë, il se concentre sur le portrait d'une Cathy cruelle et capricieuse, interprétée avec puissance par Margot Robbie. La bande-son gothique de Charli XCX accompagne des plans inspirés de classiques (Autant en emporte le vent, Le Facteur sonne toujours deux fois) et d'œuvres récentes (Tim Burton, La Favorite).
L'Expérience Immersive du Désir
Fidèle à sa vision adolescente, Fennell explore la transformation de l'amour fusionnel de l'enfance en attirance adulte, puis en liaison torride inventée pour l'écran. Le film se concentre sur l'expérience immersive du désir, où la pensée de Heathcliff obsède Cathy, rendant sensuels des objets comme la pâte à pain ou le velours rose.
Une invention clé : Cathy épie des ébats sadomasochistes entre domestiques, scène où Heathcliff lui couvre les yeux. Ce geste symbolise l'intelligence littéraire de Fennell, transposant des éléments implicites du roman avec la franchise contemporaine, suggérant que l'implicite est plus puissant que l'explicite. Entre robe à crinoline rouge sang et chevauchée sous la pluie, le film révèle un talent cinématographique singulier, capable de se soustraire au regard tout en étant tapageur.
« Hurlevent », d'Emerald Fennell (2 h 16), avec Margot Robbie, Jacob Elordi, Alison Oliver, Ewan Mitchell et Hong Chau, sort en salles le 11 février 2026.