Fight Club : du fiasco critique au chef-d'œuvre culte, l'incroyable renaissance d'un film visionnaire
Fight Club : du fiasco au chef-d'œuvre, la renaissance d'un film culte

Fight Club : l'odyssée tumultueuse d'un film visionnaire devenu monument cinématographique

À peine trente ans après sa création, Fight Club a déjà vécu mille vies. Présenté pour la première fois à la Mostra de Venise en septembre 1999, le film de David Fincher fut d'abord conspué par la critique internationale. Ses stars Brad Pitt et Edward Norton, qui admettent avoir « fumé un joint avant la projection », se souviennent de cette soirée cauchemardesque.

Un accueil glacial à Venise

« Edward et moi étions les seuls à rire », raconte Brad Pitt. « On pouvait entendre deux idiots glousser dans le balcon pendant toute la projection. » Edward Norton ajoute : « Le film s'est fait huer. Il ne passait pas du tout. Brad se tourne vers moi et me dit : "C'est le meilleur film dans lequel je jouerai." Il était ravi. » Les deux acteurs jurent même avoir vu le directeur du festival quitter la séance après une blague controversée du personnage de Marla, incarné par Helena Bonham-Carter.

L'échec commercial initial

Après ce fiasco critique, le film essuya une déception commerciale. Avec seulement 100 millions de dollars de recettes mondiales, il rentra à peine dans ses frais après déduction du budget de production (63 millions de dollars) et des frais de promotion (20 millions de dollars). Sa violence, souvent comparée à celle d'Orange Mécanique de Stanley Kubrick, son atmosphère poisseuse et le contexte de sa sortie – quelques mois après la fusillade de Columbine – contribuèrent à sa mauvaise réputation initiale.

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La renaissance grâce à Internet

Dans la décennie suivante, le long-métrage fut dépoussiéré par la grâce d'Internet et des rediffusions télévisées, où il trouva bien plus qu'un second souffle : un statut de chef-d'œuvre culte. Porté par sa célèbre réplique sur les règles du Fight Club, la musique des Pixies, la silhouette sculptée de Brad Pitt et ses tenues bariolées, il fut élevé au pinacle par toute une communauté d'internautes.

La récupération masculiniste

À l'instar de Matrix, autre sommet du cinéma américain des années 1990, Fight Club fit l'objet d'une récupération par la sphère masculiniste en ligne, qui y vit non une satire sociale d'anticipation, mais une ode à la virilité conquérante. David Fincher lui-même dut intervenir, indiquant en 2023 être « alarmé » par « le fait que le film ait été mal interprété par des personnes dont [il ne pouvait] même pas imaginer le point de vue ».

L'adaptation laborieuse du roman

Pourtant, il s'agit bien d'une œuvre intelligente et complexe, dont la préparation fut colossale. Adapté du roman de Chuck Palahniuk publié en 1996, le projet reçut d'abord un avis défavorable d'un relecteur de Fox 2000 Pictures. Après plusieurs refus, les producteurs Joshua Donen et Ross Grayson Bell acquirent les droits pour 10 000 dollars et cherchèrent un réalisateur. Peter Jackson, Bryan Singer et Danny Boyle déclinèrent avant que David Fincher n'accepte finalement.

Un tournage marathon

Brad Pitt – initialement en compétition avec Russell Crowe – et Edward Norton – en concurrence avec Sean Penn et Matt Damon – rejoignirent le projet. Le scénariste Jim Uhls travailla avec eux sur cinq versions différentes du script en un an. Le tournage dura 138 jours, d'août à décembre 1998, consomma 1 500 bobines pour 300 scènes tournées sur 200 lieux différents, explosant toutes les moyennes hollywoodiennes.

Les transformations physiques extrêmes

David Fincher regardera rétrospectivement cette période d'un mauvais œil, estimant avoir passé « tout [son] temps à regarder les camions charger et décharger ». La fatigue professionnelle s'ajouta à l'usure physique pour les acteurs : Brad Pitt passa des centaines d'heures en salle de sport et sous les UV, tandis qu'Edward Norton sauta les déjeuners pour perdre la vingtaine de kilos gagnée pour son rôle précédent dans American History X.

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Un réalisme poussé à l'extrême

Ces transformations créèrent un effet miroir remarquable à l'écran : tandis que l'apparence du narrateur (Edward Norton) déclinait, celle de son gourou Tyler Durden (Brad Pitt) s'améliorait. Helena Bonham-Carter demanda à sa maquilleuse de lui appliquer systématiquement mascara et eye-liner de la main gauche pour coller au caractère négligé de Marla. Les deux acteurs principaux apprirent même la confection de savons et les arts martiaux.

Des coups authentiques à l'écran

Certains coups portés dans le film sont bien réels, comme celui donné par le narrateur à l'oreille de Tyler Durden. Le sourire narquois d'Edward Norton et la fureur de Brad Pitt qui s'ensuivent sont authentiques. De même, leur ivresse lors de la scène où ils tapent des balles de golf était bien réelle.

Un film toujours d'actualité

Considéré par son réalisateur comme un « rite de passage » pour les jeunes adultes, comparable au Lauréat de Mike Nichols, cette fresque révolutionnaire sortie lors d'une des plus belles années du cinéma reste étonnamment actuelle. Elle mérite plus que jamais d'être vue ou revue, d'autant que Netflix vient de l'ajouter à son catalogue. Mais n'oubliez pas la première règle : il est interdit de parler de la fin de Fight Club.

Fight Club, de David Fincher (2 h 19). Avec Brad Pitt, Edward Norton, Helena Bonham-Carter, Jared Leto et Meat Loaf. Disponible sur Netflix.