Alexandre Trannoy, le cinéaste fantôme qui n'a jamais existé : un faux documentaire culotté
Alexandre Trannoy, le cinéaste fantôme d'un faux documentaire

Alexandre Trannoy, le cinéaste fantôme qui n'a jamais existé : un faux documentaire culotté

Pendant trente ans, cet artiste énigmatique a lancé des projets et des tournages avec les plus grands noms du cinéma français, de Jean Rochefort à Anouk Aimée, sans jamais parvenir à terminer un seul film. Ce Don Quichotte du septième art, dont le nom reste inconnu du grand public, est au cœur d'un documentaire fascinant qui se révèle être une supercherie jubilatoire.

Une enquête sur un destin hors norme

Le réalisateur Avril Tembouret s'est lancé dans un véritable chemin de croix pour retracer le parcours chaotique d'Alexandre Trannoy. Peu ou pas d'images de lui existent, encore moins de ses films. Le seul qu'il aurait terminé aurait fini brûlé dans un accident de voiture alors qu'il se dirigeait vers le festival de Cannes en compagnie de Claude Lelouch pour la projection.

Racontée comme une enquête méticuleuse, l'œuvre s'appuie sur les témoignages émouvants de ceux qui l'ont côtoyé de près : Claude Lelouch, le scénariste Jean-Claude Carrière, l'actrice Anouk Aimée et Jean Rochefort. Ces derniers livrent face caméra des anecdotes savoureuses sur cet illustre inconnu, créant un portrait complexe d'un créateur maudit.

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Un hommage aux rêveurs et à une époque révolue

Au-delà de cette trajectoire singulière, L'œuvre invisible est avant tout un hommage vibrant à tous les rêveurs, aux créateurs maudits et à ceux qui vouent leur vie à une passion sans arriver à en vivre correctement. Le documentaire évoque avec nostalgie une époque révolue où les films se concevaient avec de la débrouille, grâce à des producteurs qui osaient prendre des risques souvent inconsidérés.

Ces producteurs laissaient une totale liberté à des créateurs audacieux sans se soucier des répercussions économiques, créant un terreau fertile pour l'innovation cinématographique. L'humour est constamment présent, notamment lorsque Jean Rochefort - qui a lui-même participé à l'aventure maudite de Terry Gilliam autour de Don Quichotte - révèle avoir commencé à tourner « par ego » dans un biopic sur Napoléon.

Le grand révélateur : tout est faux

La folie créative n'est jamais loin tout au long du documentaire, et le mystère reste entier, comme si le principal intéressé était un fantôme qui échappait toujours au réalisateur. Les seuls indices, des prises de notes et des croquis faits à la va-vite, renforcent cette sensation d'insaisissabilité.

Mais la révélation finale donne une ampleur supplémentaire à l'ensemble : tout est faux. Alexandre Trannoy n'a jamais existé, et tous les prestigieux témoins ont joué le jeu de ce faux documentaire avec un talent remarquable. L'art de faire croire, de mélanger le mensonge et la vérité, la volonté toute simple de faire du cinéma jaillissent au sein de cette entourloupe jubilatoire et particulièrement culottée.

Une réflexion sur l'essence du cinéma

Ce documentaire de 1h11, réalisé par Avril Tembouret et Vladimir Rodionov, avec Jean Rochefort, Anouk Aimée et Jacques Perrin, dépasse le simple canular pour devenir une réflexion profonde sur l'essence même du cinéma. Comment crée-t-on une légende ? Qu'est-ce qui fait la vérité d'un récit cinématographique ?

En inventant de toutes pièces un cinéaste et en convainquant des figures majeures du cinéma français de participer à cette mystification, les réalisateurs interrogent les frontières entre réalité et fiction, entre documentaire et création artistique. Le résultat est une œuvre qui mérite amplement sa note de 4/5, tant par son audace que par sa maîtrise technique et narrative.

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