La Garde annule une exposition photo jugée trop explicite pour son public familial
Exposition photo annulée à La Garde pour contenu trop explicite

Une exposition photo annulée à La Garde pour son caractère jugé trop explicite

L'artiste montpelliérain Romain Berger devait présenter ses œuvres photographiques à la fin du mois d'avril à la Galerie G de La Garde. Cependant, la municipalité a décidé d'annuler cette programmation, invoquant l'inadéquation du contenu avec le public familial qui fréquente régulièrement ce lieu culturel municipal.

Des œuvres queer et colorées au cœur du différend

Sur son compte Instagram, Romain Berger présente son univers artistique sous le titre « Enter my universe ». Ses photographies mettent en scène des hommes dans des poses évocatrices : un « dirty cowboy » de dos en sous-vêtements, un marin torse nu au regard intense, ou encore un homme portant casquette de cuir et collier, dont la chaîne est tenue par un compagnon de jeu. Ces images, bien que non scandaleuses selon l'artiste, explorent ouvertement une esthétique queer et des thèmes liés au désir masculin.

« Cette expo vient d'être annulée, pas pour des raisons artistiques, pas pour un problème de budget mais pour ne pas choquer un électorat conservateur ! », dénonce Romain Berger sur les réseaux sociaux. L'artiste, dont le travail a été exposé dans plus de vingt lieux à travers l'Europe, exprime son incompréhension face à cette décision.

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La position de la municipalité : protection du public familial

Martine Blanc, adjointe au maire chargée de la culture, précise la position de la ville : « Il faut être clair : il ne s'agit ni de censure, ni d'un débat idéologique et encore moins politique ! ». Elle explique que si La Garde soutient la liberté de création artistique, cette liberté doit se concilier avec d'autres exigences, notamment la protection des mineurs et le respect du cadre républicain.

L'élue municipale ajoute : « Le sujet n'est pas la liberté de création de l'artiste. Le sujet est le contenu précis des œuvres proposées ». Selon elle, certains visuels ont évolué en cours de préparation vers des représentations à caractère sexuel explicite, sans que la municipalité en soit informée préalablement. Ces images étaient susceptibles de heurter la sensibilité du public, notamment des enfants qui fréquentent quotidiennement la galerie pour accéder à l'auditorium, la médiathèque et l'école de musique.

Un artiste déçu mais déterminé

Romain Berger, dont le style photographique rappelle celui de David LaChapelle ou de Pierre et Gilles, développe depuis plus d'un an ce projet d'exposition avec la galerie municipale. « Après plus d'un an d'échanges avec la galerie municipale, un contrat signé, une programmation validée, une conférence prévue, tout s'arrête », regrette-t-il.

L'artiste précise sa démarche : « Je mets en scène le corps masculin dans des décors kitsch et colorés pour explorer une société obsédée par l'image, la performance et où le désir devient une monnaie sociale ». Pour lui, cette annulation pose une question fondamentale : « En 2026, en France, une exposition peut donc être censurée ».

La municipalité défend sa décision

La mairie de La Garde insiste sur le fait que sa décision repose sur « des considérations objectives liées à l'adéquation entre le contenu de l'expo, les caractéristiques du lieu et la nature des publics accueillis ». Elle réaffirme son « attachement à une politique culturelle ambitieuse, ouverte et exigeante » qui soutient la création contemporaine, y compris lorsqu'elle bouscule les conventions.

« Il n'y a donc ni reniement, ni frilosité ! », martèle la municipalité, précisant que sa responsabilité juridique en tant que gestionnaire de l'espace municipal l'oblige à veiller au contenu diffusé dans ses équipements culturels.

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Des soutiens et un refus de récupération politique

L'artiste a reçu le soutien de l'association Var Debout, qui défend l'action de François Ruffin, et d'autres manifestations de solidarité pourraient suivre. Cependant, Romain Berger tient à préciser sa position : « Il est question de censure de l'art mais je ne souhaite pas devenir un étendard. C'est contre un état d'esprit que je me bats ! ».

Il refuse toute récupération politique de cette affaire, tout en continuant à dénoncer ce qu'il perçoit comme une forme de censure artistique dans la France contemporaine. Le débat entre liberté de création et protection du public familial reste ainsi ouvert, avec des arguments solides des deux côtés de cette controverse culturelle locale.