Il est 14 heures sur le court numéro 14. Ce terrain au bout du stade Roland-Garros est le préféré des joueurs, surtout quand ils sont Français. C’est un petit chaudron dans lequel la foule ne ménage pas ses encouragements, façon stade de foot. Un chaudron ? A-t-il déjà mieux mérité son nom ? À ce moment théorique le plus chaud de la journée, le thermomètre affiche 32 °C à l’ombre.
Ça tombe mal, il n’y en a pas un poil dans cette cuvette surchauffée dans laquelle le ressenti flirte avec les 40 °C. Seule une rare et trop courte brise venue réveiller les arbres des avenues de Boulogne au loin vient apporter un minimum de fraîcheur. Elle n’est pas suffisante.
« On cuit, on est comme dans un four. C’est limite supportable » résume Adèle venue assister à un duel qui dure depuis bientôt quatre heures entre Alejandro Davidovich Fokina et Damir Dzumhur. « On mijote, se plaint Bastien croisé à la sortie de l’étuve. Franchement, c’est dur de rester sans bouger en plein cagnard. Le simple fait de s’asseoir, on sent la sueur qui coule dans le dos ».
« La météo est folle »
Deux rangs en dessous de nous, Sophie a oublié le kit de survie : crème solaire et casquette. « Je suis allée à la boutique pour trouver ce qu’il faut, glisse la Parisienne. Je m’y attendais mais je suis ressortie les mains vides. 45 euros le Panama et 17 euros l’éventail, c’est un peu abusé. Mais au moins, la boutique officielle est climatisée ».
Elle a aussi grimacé devant le tube de crème solaire à 24,90 euros, quand même siglé « Roland-Garros » pour le même prix. « La météo est folle, reprend Adèle. J’étais là il y a une semaine pour les qualifs. Il pleuvait, j’avais froid. Huit jours plus tard, je crève de chaud. »
Sur la terre de ce court 14 et sous un parasol, l’Espagnol Davidovich Fokina cherche par tous les moyens à se rafraîchir. Il s’asperge d’eau glacée pour refroidir sa température corporelle. « J’arrive de Hambourg où il faisait 10 °C. Ça demande une petite adaptation », confesse l’Espagnol.
« Mon meilleur ami, c’est ce brumisateur »
À l’extérieur des courts, le rituel des 20 000 spectateurs qui rendent les allées noires de monde est le même que le sien. La priorité des priorités ? Chercher un peu d’ombre, de l’eau et de la fraîcheur à tout prix. Les points de vente de glace, de boissons froides et les fontaines éparpillées aux quatre coins du stade sont tous pris d’assaut. « Mon meilleur ami, c’est ce brumisateur », rigole Julien, en s’aspergeant à loisir des gouttelettes salvatrices.
Il a fait la queue pendant de longues minutes devant un des vaporisateurs placés le long des allées. « Le plus pénible, ce ne sont pas les matchs. Après tout, nous sommes là pour ça et on avait regardé la météo avant de venir. En revanche, l’attente pour entrer sur les courts, c’est autre chose, grogne Marcel, la soixantaine bien sonnante. On attend debout dans la fournaise après avoir joué des coudes dans les allées bondées sans pouvoir bien respirer. Ça, c’est pénible. »
Encore 30 degrés en soirée
Sur le court central, pendant que Benjamin Bonzi subit la foudre d’Alexander Zverev, une partie du public a le nez creux, assis dans la partie ombragée quand le soleil commence à descendre. Les autres spectateurs cuisent lentement. Le protocole dit que le toit ne doit être déployé qu’en cas de pluie, voire de vent pas pour protéger du soleil. La fournaise est identique ici à celle des autres courts.
Dans son sous-sol, à l’infirmerie où le secret médical interdit de donner des chiffres ni d’autres informations, il n’y a pas d’affluence particulière. Durant notre passage, la salle d’attente est vide. Tout juste un patient demande-t-il un pansement pour soigner des ampoules aux pieds. Aucun malaise grave dû aux températures extrêmes n’est pour l’instant à déplorer.
À 20 heures, quand Novak Djokovic entrera sur le court pour le premier tour de son (peut-être) dernier Roland-Garros, il est prévu de faire encore 30 °C. Histoire de terminer une des journées les plus… fraîches avant la fin de la semaine. Mardi et mercredi, le thermomètre montera à 36 °C à l’ombre. Mais à Roland-Garros, il n’y en a pas ou peu. Julien conclut en se marrant : « La semaine prochaine, il va pleuvoir. Tant mieux ! »



