Un tuto numérique pour traquer les grains de beauté suspects
Tuto numérique pour traquer les grains suspects

Marie Masson Regnault, dermatologue à Périgueux, a développé un outil pédagogique numérique gratuit pour encourager les patients, dès le plus jeune âge, à surveiller l’apparition de nouvelles lésions évolutives plutôt que de réaliser des contrôles systématiques annuels. Baptisé « chasse aux grains », ce tutoriel est conçu pour être utilisé en cabinet et partagé largement.

Un outil pour tous les âges

La praticienne libérale de 35 ans a imaginé ce dispositif d’abord pour les enfants, mais il s’avère tout aussi éclairant pour les adultes, souvent déroutés par l’apparition de nouveaux grains de beauté suspects. L’objectif est de promouvoir l’autosurveillance cutanée : « Pratiquez l’autosurveillance cutanée, regardez-vous plutôt que de miser sur des contrôles systématiques », explique-t-elle.

Le principe du « vilain petit canard »

Le tutoriel repose sur la règle ABC : asymétrie, bords irréguliers, plusieurs couleurs. Il propose trois tests de difficulté croissante pour apprendre à reconnaître un mélanome, la forme la plus grave de cancer de la peau (10 % des cancers cutanés). Le message est clair : un grain de beauté suspect dénote toujours des autres et se modifie dans le temps.

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Un contexte de pénurie de dermatologues

La Société française de dermatologie partage cette approche dans un contexte de pénurie généralisée. En Nouvelle-Aquitaine, le délai moyen pour un rendez-vous est de six mois, et en Dordogne, le nombre de dermatologues a chuté de 17,1 % entre 2010 et 2026. L’idée est de désengorger les cabinets en encourageant les patients à examiner régulièrement leur peau et à consulter seulement en cas de doute.

« Il faut casser cette idée reçue qu’il faut aller chez le dermatologue au moins une fois par an. Aujourd’hui, on préfère un patient qui vient trois fois avec une vraie inquiétude plutôt que tous les ans par principe », insiste la docteure Masson Regnault.

Les enfants, prescripteurs efficaces

La spécialiste constate que les enfants sont de bons prescripteurs : « Il ne faut pas leur dire que c’est un cancer grave, mais qu’ils peuvent repérer un grain bizarre. » 75 % des mélanomes sont détectés par les patients eux-mêmes comme « un bouton ou une tâche bizarre », mais cela ne conduit pas toujours à une consultation rapide. Or, un mélanome enlevé tôt guérit dans la plupart des cas.

Des outils complémentaires

En cas de suspicion, le médecin traitant peut orienter vers un dermatologue. Des plateformes de téléexpertise permettent aux pharmaciens, infirmiers et kinésithérapeutes de demander un avis. L’intelligence artificielle est aussi une aide, comme avec l’entreprise Skinmed, basée en Dordogne, qui équipe les pharmacies d’un dermatoscope connecté capable d’analyser une lésion en quelques minutes.

L’auto-observation reste primordiale, mais l’accès au rendez-vous peut être facilité par une photo réalisée à la loupe (dermatoscope) ou via ces nouveaux dispositifs.

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