L'enquête sur le meurtre du petit Grégory, survenu il y a plus de 41 ans, est « pourrie » dès le départ et « totalement irrécupérable », estime l'avocat de la grand-tante du garçonnet, Jacqueline Jacob, qui contestera mercredi sa mise en examen. Me Frédéric Berna, ténor du barreau nancéien, n'était qu'un « gamin » au moment des faits. Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, âgé de quatre ans, était retrouvé noyé dans la Vologne, une petite rivière des Vosges.
Des erreurs dès le début
Me Berna se souvient que son grand-père, qui tenait un laboratoire, avait reçu des échantillons d'eau des poumons de l'enfant à analyser. « C'était beaucoup trop technique. Il a dit : Moi, je n'ai pas les capacités », raconte l'avocat. Les échantillons sont repartis « et on ne les a jamais revus. Ils ont été perdus. » Pour lui, l'affaire Grégory, l'une des plus médiatiques de la justice française, illustre parfaitement ce couac initial. « Elle a très, très mal démarré », résume-t-il.
Les choses ne se sont pas arrangées depuis. En mars 1985, le suspect Bernard Laroche est assassiné. La même année, la mère de l'enfant, Christine Villemin, est inculpée et écrouée, avant de bénéficier d'un non-lieu en 1993. En 2017, le juge enquêteur Jean-Michel Lambert se suicide. En 2018, trois mises en examen sont annulées. « Cette affaire n'est plus résolvable. Il faut l'arrêter », déclare Me Berna, dénonçant une « gabegie financière monstrueuse » avec des expertises à « plusieurs millions d'euros » qui n'ont « absolument rien apporté ».
La mise en examen contestée
Jacqueline Jacob, 81 ans, avait déjà été mise en examen en 2017 pour « enlèvement et séquestration suivie de mort », mais ces poursuites ont été annulées en mai 2018 pour un vice de forme. Le 24 octobre, elle a de nouveau été mise en examen, cette fois pour « association de malfaiteurs » en vue de la préparation à l'enlèvement de Grégory. Ses avocats contestent cette nouvelle « erreur » et plaideront mercredi devant la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Dijon. Ils soulèveront un point de droit : les faits seraient prescrits.
Les enquêteurs estiment que Jacqueline Jacob est l'un des corbeaux qui ont harcelé la famille Villemin. Ils se fondent sur une expertise de 2021 attribuant à la grand-tante trois lettres anonymes de 1983, dont une menace directe : « Je vous ferez votre peau » (sic). Selon le même expert, elle aurait également écrit la lettre du 16 octobre 1984 revendiquant le crime : « Voilà ma vengeance. Pauvre con ». Une contre-expertise stylométrique est en cours.
Me Berna dénonce une « acharnement » de la justice et craint que Mme Jacob ne serve de « bouc émissaire ». « On espère qu'elle va décéder et qu'on puisse dire + c'était elle, on a résolu l'affaire + », confie-t-il.



