Ce n’est ni un best-seller, ni un prétendant à un quelconque prix littéraire, mais un éclairage salutaire pour mieux cerner la personnalité de Marc B. Cet ancien gendarme de 55 ans a été interpellé jeudi soir avec sa compagne Marine R. à Fatima, dans le sud du Portugal, et placé en détention provisoire, après leur audition samedi au tribunal de Setubal.
Un périple aux accents complotistes
Deux jours plus tôt, le couple avait abandonné les fils de celle-ci, âgés de 3 et 5 ans, dans une forêt à 200 km de là, prétextant un jeu. Les garçonnets avaient été retrouvés en pleurs au bord d’une route, au terme d’un périple entamé mi-mai depuis Colmar (Haut-Rhin). Marc B. est en outre soupçonné de violences sur l’un des enfants.
Une personnalité déjà connue
Si Marine R., psychomotricienne et sexologue, n’avait jamais fait parler d’elle jusqu’ici, il en va autrement pour Marc B., décrit comme un « illuminé » par une source proche du dossier — ce dont témoignent ses réseaux sociaux, qui relaient théories complotistes et propos antisémites depuis plusieurs années.
Une bascule déjà en germes en 2018, année où Marc B. a fait publier, à compte d’auteur, un ouvrage de 210 pages présenté comme autobiographique et intitulé « Renaissance ». L’homme y détaille sa traversée de l’Hexagone en auto-stop, qu’il entendait quitter pour avoir été « privé injustement par la justice de sa fille de 4 ans ».
Un récit victimaire et anti-institutions
Il y accuse son ex — et éphémère — compagne, présentée comme instable et manipulatrice, d’avoir ensuite emmené sa fille (née en 2008) sans son autorisation en Guyane, sans qu’il ne puisse plus jamais la revoir. Un récit dans lequel Marc B. développe un discours très anti-institutions, fustigeant avocats et juges, sur fond de complot maçonnique.
Il y minimise au passage les violences sur la mère de sa fille (« je la poussais violemment (…) elle trébuchait sur le lit »), qui lui ont pourtant valu d’être condamné à neuf mois de prison avec sursis en 2010. Et continue d’accuser le nouveau compagnon de celle-ci, « son bourreau », d’avoir ensuite commis des abus sexuels sur l’enfant. La procédure avait été classée sans suite.
Un homme fragile et en rupture
Au-delà de son positionnement victimaire, Marc B. apparaît comme un homme fragile, en rupture familiale : il ne voit plus ses deux grands fils, nés d’une première union. Il décrit sa mère comme une femme sans affect, évoque un père égoïste. Sur Facebook, il l’accuse même d’avoir tenté de le noyer quand il avait 4 ans, et sa sœur d’avoir… abandonné ses enfants.
Après avoir exercé 16 ans dans la gendarmerie, Marc B. la quitte en 2010, dégoûté, dit-il, après un long congé maladie pour dépression. Il tente une reconversion dans les panneaux photovoltaïques avant de sombrer. Surendetté, il tente de se suicider en février 2013, relate-t-il encore dans son récit autobiographique. C’est dans ce contexte qu’il claque un jour de juin la porte de son T2 de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Sa vie tient dans un sac à dos.
« Je vais où le vent me porte, je lâche prise sur toutes mes convictions matérielles de vie en société, je fais confiance à la justice divine et m’en remets à elle », écrit-il, décrivant par le menu ses rencontres avec les automobilistes qui le transportent, et ses séjours en hébergement d’urgence.
Un ouvrage mal accueilli
Au terme de cette petite quinzaine d’errances sur les routes, Marc B — est-il écrit sur la dernière de couverture — aura pu « découvrir sa véritable identité, renouer le contact avec sa vraie nature, et briser les chaines de l’esclavage de la société »… tout en devenant, selon ses dires, gérant d’un bar-tapas en Belgique.
« Magnifique récit je vous invite à le découvrir et à le faire découvrir… », s’autocongratule t-il sur le site Babelio. Un avis qui n’est pas partagé par tous, à en croire les commentaires de ses (rares) lecteurs : « Truffé de fautes » ; « Le livre servirait à peine à caler un meuble » ; « Même 3 euros, c’est cher payé »…
L’un des derniers avis en date, déposé en août 2023, fait même figure d’avertissement : « Pour avoir rencontré personnellement l’auteur de ce livre, je puis vous assurer que ce monsieur n’a plus rien à voir avec l’image qu’il véhicule d’un homme humble, aimant, spirituel et bienveillant ! Ce n’est que le contraire. En bon entendeur… si vous le rencontrez, FUYEZ ! »



