À moins d'un an de l'élection présidentielle de 2027, le Rassemblement national (RN) affiche une unité de façade, mais plusieurs dossiers sensibles restent en suspens, révélant des divergences entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, ainsi qu'entre leurs équipes respectives. Si certains conseillers assurent que le programme est « quasiment sur la table », la réalité est plus nuancée, comme le reconnaît Marine Le Pen elle-même.
Les retraites : un sujet explosif
Le dossier des retraites est sans doute le plus médiatique. Marine Le Pen défend la réforme actuelle du RN, qui prévoit un système d'annuités avec un âge de départ progressif jusqu'à 62 ans, permettant à ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans de partir à 60 ans. Elle exclut une énième « réforme paramétrique ». Pourtant, Jordan Bardella n'a pas exclu de relever l'âge de départ, évoquant dans la presse allemande la nécessité d'examiner cette question. Il estime que le système actuel n'est « ni viable ni soutenable ».
La question de la capitalisation divise également. L'allié Éric Ciotti pousse pour son introduction, et un proche de Bardella affirme qu'il n'y a « pas de tabou ». Mais Marine Le Pen est convaincue que la capitalisation est financièrement impossible sans un régime excédentaire. Elle préfère financer une retraite complémentaire via un fonds souverain, une option éloignée des vues des libéraux du parti.
Pouvoir d'achat : baisse des cotisations ou des dépenses ?
Jordan Bardella a esquissé une réduction des cotisations salariales pour rapprocher le salaire brut du net. Mais Marine Le Pen n'a pas repris cette proposition, privilégiant plutôt la baisse des « dépenses contraintes » comme la TVA sur le carburant ou les produits de première nécessité. Un cadre reconnaît un débat interne entre une ligne « zemmouriste » de suppression des impôts et une approche plus sociale.
Politique sociale : le terme « assistanat » divise
Marine Le Pen a longtemps évité le mot « assistanat », mais elle l'a utilisé le 1er mai, se rapprochant ainsi de Jordan Bardella, qui n'hésite pas à l'employer. Cependant, son entourage relativise : elle ne vise pas les politiques sociales mais les étrangers en situation irrégulière. Le programme du RN n'évoque le RSA que sous l'angle de la fraude, tandis que Bardella est favorable à un conditionnement du RSA à des heures de travail et à une fusion des aides sociales.
La « règle d'or » budgétaire en débat
Faut-il imposer l'équilibre des dépenses et des recettes dans la loi ? Marine Le Pen n'exclut pas cette « règle d'or », mais s'interroge sur son périmètre et les mécanismes de dérogation. Un lieutenant du parti note que l'idée a été fraîchement accueillie lors d'une récente réunion de travail.
Audiovisuel public : privatisation ou économies ?
Marine Le Pen est clairement pour une privatisation de l'audiovisuel public, à l'exception d'une antenne internationale et d'une outre-mer. Jordan Bardella, lui, est plus intéressé par les propositions de Charles Alloncle, qui préconise des économies drastiques et la suppression de France 5, mais pas une privatisation totale. Il craint que la privatisation ne favorise les plates-formes américaines.
Des « trous dans la raquette »
Malgré l'assurance affichée, certains dirigeants s'inquiètent de lacunes programmatiques. « Sur la petite enfance, ce n'est rien. Sur la lutte contre les discriminations, on n'a rien. Sur l'enseignement supérieur, rien de rien », confie un cadre. Le RN doit encore colmater ces angles morts d'ici 2027.



