Missile Orechnik : que sait-on de l'arme nucléaire russe utilisée en Ukraine ?
Missile Orechnik : l'arme nucléaire russe en Ukraine

Missile Orechnik : que sait-on de l'arme nucléaire russe utilisée en Ukraine ?

Au moins quatre personnes ont été tuées et plus de cent blessées en Ukraine dans d’intenses bombardements russes nocturnes qui ont particulièrement visé la capitale, Kiev, selon les autorités. La Russie a visé l’Ukraine avec « 90 missiles et 600 drones », ont indiqué les forces de l’air ukrainiennes dimanche matin, précisant que 55 missiles et 549 drones ont été interceptés. Les deux pays ont en outre fait état de l’utilisation par la Russie d’au moins un missile balistique à capacité nucléaire Orechnik. Pourquoi ce missile fait-il si peur ? Pourquoi la Russie l’a-t-elle utilisé ce samedi ? « Le Nouvel Obs » fait le point sur ce que l’on sait.

Pourquoi l’Orechnik fait-il si peur ?

Le missile Orechnik (noisetier) est un missile balistique hypersonique russe de portée intermédiaire et capable de transporter des ogives nucléaires, a rappelé ce dimanche le président ukrainien Volodymyr Zelensky. « Il (Vladimir Poutine, NDLR) a lancé son Orechnik contre Bila Tserkva [une ville ukrainienne à 80 kilomètres environ de Kiev]. Ils sont vraiment fous », a-t-il déclaré.

Un missile balistique

Un missile « balistique » désigne un projectile autopropulsé et guidé, dont la trajectoire dépend de la gravité et de sa vitesse. La portée intermédiaire (on parle de intermediate-range ballistic missile, IRBM) équivaut à une portée qui va de 3 000 à 5 500 kilomètres. Ce qui menace potentiellement « la quasi-totalité de l’Europe », déclarait en 2024 le chercheur Pavel Podvig, de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement, dans un entretien au média Ostorozhno Novosti. Ainsi que toute une partie du monde… Ce n’est toutefois pas le missile avec la portée connue la plus importante, que l’on retrouve sous l’appellation de missile intercontinental (ICBM) qui, comme son nom l’indique, peut frapper un continent depuis un autre.

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Hypersonique

Au-delà de la distance qu’il peut parcourir, le missile se démarque également par sa vitesse : qualifié d’hypersonique, cela signifie qu’il peut voler et atteindre sa cible à une vitesse supérieure à environ cinq fois la vitesse du son (1 240 km/h). Les spécialistes parlent de vitesse supérieure à Mach 5, une vitesse supérieure à 6 100 km/h. Selon Vladimir Poutine, l’Orechnik peut même atteindre plus de 12 000 km/h. Voire 13 000 km/h « sur la partie finale de la trajectoire », selon le renseignement ukrainien lors d’une précédente utilisation par la Russie contre l’Ukraine, en novembre 2024. Selon le site de la Fondation pour la recherche stratégique, le président russe avait comparé l’impact du missile à celui d’une météorite, avant de menacer de l’utiliser pour réduire Kiev en cendres…

A têtes multiples

Le président russe avait en outre évoqué à l’époque les têtes multiples du missile, qui peuvent suivre chacune une trajectoire indépendante lors de leur entrée dans l’atmosphère, rendant leur interception encore plus difficile. L’Orechnik est considéré comme le premier missile balistique pourvu de têtes multiples à avoir été utilisé en conditions de combat.

A capacité nucléaire

Enfin, et c’est sans doute ce qui le rend encore plus inquiétant : le missile est capable de transporter des ogives nucléaires, particulièrement destructrices.

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Pourquoi la Russie l’a-t-elle utilisé ce samedi ?

Le président russe avait promis une réponse militaire après une frappe de drones ukrainiens dans la nuit de jeudi à vendredi sur des bâtiments éducatifs de Starobilsk, dans la région ukrainienne de Lougansk, occupée par Moscou dans l’est de l’Ukraine, qui a fait 21 morts et plus de 40 blessés. Kiev a démenti avoir visé des cibles civiles et a affirmé avoir frappé une unité russe de drones stationnée dans la région. Le ministère de la Défense russe a indiqué ce dimanche avoir utilisé plusieurs de ces missiles Orechnik lors de ces représailles, ce que Kiev n’a pour l’heure pas confirmé. « En réponse aux attaques terroristes de l’Ukraine contre des infrastructures civiles sur le territoire de la Russie, les Forces armées de la Fédération de Russie ont porté une frappe massive à l’aide de missiles balistiques Orechnik, de missiles aérobalistiques Iskander, de missiles aérobalistiques hypersoniques Kinjal et de missiles de croisière Tsirkon, ainsi que de missiles de croisière » et de drones, a déclaré le ministère dans un communiqué.

Pourquoi les Européens dénoncent-ils une stratégie « d’intimidation » ?

La Russie cherche à « terroriser l’Ukraine » par une « tactique d’intimidation » avec son dernier bombardement massif et l’usage du missile Orechnik, capable d’emporter une ogive nucléaire, a immédiatement réagi dimanche la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas. « La Russie se retrouve dans une impasse sur le champ de bataille, elle terrorise donc l’Ukraine avec des frappes délibérées sur les centres-villes », a écrit Kaja Kallas sur X. « Les informations selon lesquelles Moscou utiliserait des missiles balistiques Oreshnik à portée intermédiaire - des systèmes conçus pour transporter des ogives nucléaires - est une tactique d’intimidation politique et une forme téméraire de chantage nucléaire. » En effet, pourquoi utiliser un tel missile, alors que la cible visée pouvait être atteinte par d’autres missiles ? L’utilisation du missile balistique Orechnik signe « une forme de fuite en avant » de Moscou et « l’impasse de sa guerre d’agression », a réagi Emmanuel Macron sur X. Qui plus est « contre des objectifs civils en Ukraine », a accusé le président français, alors que le ministère de la Défense russe a affirmé n’avoir visé que des cibles militaires. Même ton du côté de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni qui a « fermement » condamné « la violente attaque russe qui a de nouveau frappé les infrastructures civiles en Ukraine, avec une escalade progressive de l’importance des armes utilisées ».

A-t-il déjà été utilisé par le passé ?

Moscou a déjà employé l’Orechnik à deux reprises depuis le début de son invasion de l’Ukraine en février 2022 : en novembre 2024 contre une usine militaire, et en janvier 2026 contre une usine aéronautique de l’ouest de l’Ukraine, près des frontières de l’Otan. Dans les deux cas, les missiles n’étaient pas chargés d’ogives nucléaires. Le missile a été déployé l’année dernière au Bélarus. Une menace claire pour toute l’Europe de l’Ouest, puisque ce pays, allié de Moscou, est frontalier de trois États membres de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne - la Pologne, la Lituanie et la Lettonie - ainsi que de l’Ukraine. Les présidents du Bélarus Alexandre Loukachenko et de la France Emmanuel Macron ont justement échangé ce dimanche par téléphone à l’initiative de Paris, selon un communiqué de la présidence bélarusse. « Les deux chefs d’État ont discuté des problématiques régionales ainsi que des relations de la Biélorussie avec l’UE et avec la France en particulier. »