La France a discrètement mis fin à l'accueil d'artistes et de scientifiques originaires de la bande de Gaza, en proie à une guerre dévastatrice. Selon une enquête publiée par le journal Libération, cette décision serait motivée par la crainte des critiques émanant de la "bollosphère", un terme désignant les sphères médiatiques et politiques de droite et d'extrême droite.
Un revirement discret mais significatif
Jusqu'à récemment, la France accordait des visas et des accueils temporaires à des personnalités gazaouies du monde culturel et scientifique, dans le cadre de programmes de solidarité. Mais depuis plusieurs mois, les demandes sont systématiquement rejetées, sans explication officielle. Les associations et les institutions qui portaient ces projets dénoncent un silence assourdissant du ministère de l'Intérieur et du ministère de la Culture.
La peur de la polémique
Les sources interrogées par Libération évoquent une pression croissante de certains médias et figures politiques, qui accusent ces accueils de favoriser une immigration déguisée ou de faire le jeu du Hamas. Le terme de "bollosphère", inventé par le journaliste Daniel Schneidermann, désigne ce réseau d'influence qui, selon les critiques, verrouille le débat public sur Israël-Palestine. Le gouvernement français, soucieux de ne pas alimenter les polémiques, aurait donc préféré suspendre ces programmes.
Des conséquences dramatiques
Pour les artistes et scientifiques concernés, cette décision est un coup dur. Beaucoup d'entre eux vivent dans des conditions extrêmes à Gaza, où les infrastructures sont détruites et l'avenir incertain. L'un d'eux, un chercheur en biologie, confie : "C'était notre seule chance de continuer à travailler et de protéger nos familles. Aujourd'hui, nous sommes condamnés à rester dans l'enfer de la guerre."
Un appel à la transparence
Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International et la Ligue des droits de l'Homme, ont interpellé le gouvernement. Elles demandent la publication des critères d'attribution des visas et la reprise immédiate des programmes d'accueil. "La France ne peut pas fermer les yeux sur le sort des intellectuels gazaouis sous prétexte de ne pas déplaire à une frange de l'opinion", déclare un porte-parole.
Un précédent inquiétant
Ce revirement s'inscrit dans un contexte plus large de durcissement de la politique migratoire française. Depuis le début de la guerre à Gaza, le nombre de visas accordés aux Palestiniens a chuté de 80 %. Les associations craignent que cette décision ne fasse jurisprudence pour d'autres catégories de migrants, notamment les réfugiés syriens ou afghans. La France, qui se targue d'être une terre d'asile et de liberté, voit son image écornée.
Le ministère de l'Intérieur, contacté par Libération, n'a pas souhaité commenter ces informations, se retranchant derrière le secret des délibérations. Mais les faits sont là : les artistes et scientifiques de Gaza ne sont plus les bienvenus en France, sacrifiés sur l'autel de la peur de la polémique.



