À l'occasion de la Journée nationale en hommage aux victimes de l'esclavage colonial, samedi 23 mai, le passé de la ville de Bordeaux a été dénoncé. Devant l'hôtel de la Bourse maritime de Bordeaux, sur le quai des Chartrons, une cinquantaine de spectateurs se sont réunis pour assister à la cérémonie. Ils entouraient la statue de Modeste Testas, une esclave née en 1765 en Afrique de l'Est, achetée par des négociants bordelais, les frères Testas, dont elle a porté le nom avant d'être affranchie.
Un passé honteux rappelé
« Pour moi, la ville ne peut pas nier son histoire honteuse », assure Jean-Hugues, un participant qui s'est arrêté par hasard en voyant le rassemblement. Sophie Brocas, nouvelle préfète de Gironde, a pris la parole : « Ne croyons pas que l'esclavage relève du passé. » Séverine Boston, présidente de l'association Kalina'go qui promeut la culture ultramarine, a précisé : « Le comportement colonialiste est encore aujourd'hui reproduit au quotidien dans notre société. »
Une performance artistique symbolique
Sous un soleil écrasant, la Marseillaise a retenti dans une atmosphère solennelle. Pour l'occasion, le professeur de danse africaine et chorégraphe Vincent Harisdo a interprété une représentation d'esclave enchaîné autour de la statue de Modeste Testas. Pour lui : « Il ne faut pas être dans le conflit si l'on souhaite avancer ». Norbert Sènou, danseur et chorégraphe franco-béninois, participant lui aussi à la performance, a déclaré : « Ça ne sert à rien de déboulonner les statues. »
La loi Taubira et les réparations
Le discours de Christiane Taubira, qui a abouti à la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité, a été énoncé : « L'esclave est un meuble » a résonné. Pour le 25e anniversaire de la loi Taubira, Emmanuel Macron a évoqué de possibles « réparations » de l'esclavage, une première pour un président de la République française. Le texte doit être débattu le 28 mai à l'Assemblée nationale.
Un chemin encore long
Norbert Sènou se veut optimiste : « Les discours prononcés lors de la cérémonie sonnent juste », assure-t-il. Mais Danny Désirée, membre de l'association Kalina'go, tient à préciser : « Le chemin est encore long, et l'esclavage reste un point de l'histoire qui n'est pas encore assez intégré. »



