L'Institut de recherche sur la paix d'Oslo (PRIO) a publié ce mardi 9 juin 2026 son rapport annuel « Conflict Trends ». Les conclusions sont alarmantes : avec 65 conflits enregistrés, la planète atteint un pic de violence inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, marqué par une explosion des attaques contre les populations civiles et une polarisation géopolitique accrue.
Un triste record de conflits entre États
Les données, adossées au programme de l'université d'Uppsala, révèlent qu'en 2025, 65 conflits impliquant au moins un État ont été enregistrés à travers le globe. Il s'agit d'un sommet historique absolu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1946. Plus inquiétant encore, le nombre de conflits purement interétatiques (opposant directement deux nations) a doublé en un an pour s'établir à huit, un autre record sur les quatre-vingts dernières années.
Cette résurgence des affrontements frontaliers et des guerres directes s'illustre par l'invasion russe de l'Ukraine, les opérations militaires d'Israël en Syrie autour du plateau du Golan après l'effondrement du régime Assad, ainsi que le réveil de vives tensions territoriales entre l'Inde et le Pakistan, l'Afghanistan et le Pakistan, ou encore le Cambodge et la Thaïlande. Pour les chercheurs, cette simultanéité et cette haute intensité continue privent le monde de tout répit, contrairement à la décennie 2000-2010 qui avait connu plusieurs années sans guerre interétatique.
Une explosion des attaques contre les civils
Sur le plan humain, l'année écoulée s'inscrit comme la troisième plus meurtrière depuis la fin de la Guerre froide. Les guerres et violences politiques ont causé la mort directe d'environ 245.000 personnes. Depuis les années 1990, seules les années 1994 (marquée par le génocide au Rwanda) et 2021 (guerre du Tigré) affichent des bilans plus sanglants.
Le constat le plus effroyable du rapport concerne les violences unilatérales visant délibérément les populations civiles. Le nombre de victimes a littéralement explosé, passant de 14.200 en 2024 à 76.500 morts en 2025. Cette flambée tragique est principalement imputable à la guerre civile au Soudan, où le siège et les massacres perpétrés à El-Facher, au Darfour, ont coûté la vie à près de 60.000 civils à eux seuls. Sans surprise, l'Afrique reste le continent le plus lourdement touché par les conflits étatiques avec 29 foyers actifs.
Israël et la politique américaine ciblés par le rapport
L'étude norvégienne n'hésite pas à nommer les acteurs jugés moteurs de cette instabilité mondiale. Israël est ainsi désigné comme « l'un des pays les plus agressifs dans le monde en ce moment », en raison de son implication simultanée sur une multitude de fronts interconnectés : à Gaza, au Liban, en Syrie, face à l'Iran et contre les rebelles houthis au Yémen. Les chercheurs pointent également du doigt la responsabilité des États-Unis depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.
Au-delà des actions militaires, l'instauration de nouvelles barrières commerciales et le recul du multilatéralisme sapent les efforts de pacification globale. Ce blocage se ressent directement au Conseil de sécurité de l'ONU, jugé totalement inefficace par l'institut. Cette polarisation extrême de la diplomatie mondiale contribue par ailleurs à invisibiliser des crises humanitaires majeures, à l'image de la terreur imposée par les gangs en Haïti ou des violences post-électorales meurtrières en Tanzanie.
Siri Aas Rustad, chercheuse principale au sein de l'institut norvégien, ne cache pas son désarroi face à la brutalité des données compilées : « Malheureusement, il n'y a pas grand-chose de positif que je puisse extraire de tout cela. D'habitude, j'arrive toujours à trouver quelque chose de positif, mais cette année, les chiffres sont choquants. »



