Mardi 26 mai à 19 heures, la Cité de l’océan de Biarritz accueillera Laurence Paoli, auteure du livre « Le chant perdu des baleines », pour une conférence sur une nuisance peu connue, qui a pourtant de graves conséquences sur la biodiversité marine.
Une pollution invisible mais dévastatrice
Quand on pense à la pollution marine, la première image qui vient à l’esprit est celle des marées de plastique qui envahissent les océans. On connaît aussi les pollutions chimiques : pesticides, marées noires, produits industriels… Mais il existe une autre nuisance, bien moins connue et totalement invisible, qui entraîne elle aussi d’importantes conséquences sur la biodiversité marine : la pollution sonore générée par l’activité humaine. Laurence Paoli a enquêté sur ce phénomène, et en a tiré l’ouvrage « Le chant perdu des baleines » aux Éditions Actes Sud.
Qui est Laurence Paoli ?
Laurence Paoli est l’ancienne responsable du premier service de communication consacré à la conservation de la biodiversité animale au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, et la fondatrice d’Urban Nomad, cabinet de conseil spécialisé dans les sciences de la vie et de la Terre. Elle a enquêté sur ce phénomène et a tiré de ses travaux l’ouvrage « Le chant perdu des baleines », publié aux Éditions Actes Sud. Elle donnera une conférence mardi 26 mai à 19 heures, à la Cité de l’océan de Biarritz.
À quoi correspond la pollution sonore sous-marine et quels sont ses effets sur les animaux marins ?
La pollution marine correspond aux bruits que les activités humaines produisent à la surface et dans l’eau. Il en existe deux types. D’abord les bruits impulsifs (c’est-à-dire brefs, NDLR) : ils peuvent être liés aux sonars, aux travaux offshore ou aux projections sismiques. Ils peuvent s’avérer létaux pour les espèces marines. Les essais sonar, par exemple, provoquent des bruits tellement puissants qu’ils peuvent causer des troubles permanents de l’appareil auditif. S’ils sont à moitié sourds, les poissons ont une espérance de vie très courte. Tout aussi grave, si les baleines sont surprises en plongée par un bruit qui les effraie, elles remontent de façon désordonnée et peuvent faire des accidents de décompression.
Il y a ensuite les bruits continus, liés au trafic maritime. Ils sont chroniques, incessants, et masquent les communications des mammifères marins mais aussi des poissons et des crustacés. S’ils ne peuvent plus communiquer correctement, les signaux nécessaires au bon fonctionnement du groupe sont masqués, les poissons vont se battre davantage, moins se reproduire… Non seulement on les surpêche, mais en plus on leur pourrit la vie quand ils veulent se reproduire, éviter les prédateurs, se regrouper… C’est catastrophique.
Qu’est-ce qui vous a poussée personnellement à mener cette enquête et vous engager sur cette problématique méconnue ?
Je ne suis pas scientifique, mais je travaille depuis toujours à leur contact, dans le milieu animalier. Je nage, j’ai souvent la tête sous l’eau. Je me suis dit qu’il y avait là un vrai sujet, encore peu exploré, et je me suis rendu compte que c’était un sujet énorme, qui recoupait beaucoup de notions et d’acteurs : l’armée, le monde de la plaisance - qui compte 30 millions de bateaux dans le monde -, la pêche… Ça touche bien sûr au travail de ceux qui étudient la communication sonore des mammifères marins, mais il existe aussi des échanges sonores chez les crustacés et les poissons. Pour cette enquête, j’ai réalisé une soixantaine de longues interviews : scientifiques, armateurs, ingénieurs, physiciens, militaires… J’ai compulsé des thèses, des centaines d’articles. Chaque entretien m’ouvrait de nouvelles pistes auxquelles je n’avais pas pensé.
Biarritz et la Côte basque vivent beaucoup de l’océan et des loisirs nautiques. Existe-t-il des gestes pour limiter cette pollution sonore ?
Ce qui est fondamental, c’est de comprendre ce qui se passe, car cela permet de regarder autrement l’océan, avec davantage de conscience. La connaissance amène des comportements plus responsables. Bien sûr, on ne va pas tous conduire des supertankers, mais on peut être amenés à avoir un bateau ou pratiquer des activités nautiques. Si on a conscience des conséquences de la pollution sonore, on aura moins envie de faire des ronds en scooter des mers, on utilisera peut-être davantage la voile que le moteur, on nettoiera mieux sa coque de bateau… De manière globale, la propagation du son est un phénomène très complexe. Les solutions sont technologiques et techniques, mais aussi législatives et juridiques. On se rend compte que la décarbonation de la marine marchande a indirectement permis de réduire le bruit des bateaux, notamment grâce à un meilleur nettoyage des coques et au recours aux voiles. On dessine également des bateaux plus aérodynamiques, ce qui limite les vibrations. En France, l’armée a émis des recommandations pour que ses essais sonar soient moins létaux pour les animaux marins.
Mardi 26 mai à 19 heures, à la Cité de l’Océan de Biarritz. Tarif : 5 euros. Réservations conseillées sur biarritz-ocean.com.



