Les excréments humains : une ressource précieuse négligée
Dans nos sociétés modernes, les excréments humains – urines et matières fécales – sont souvent relégués au rang de déchets encombrants, dont on souhaite se débarrasser rapidement. Pourtant, ces substances contiennent des nutriments essentiels pour les sols et les plantes. Fabien Esculier, chercheur à l'École nationale des ponts et chaussées, souligne dans son livre publié chez Actes Sud l'importance de réhabiliter ces matières et de les réintégrer dans une économie circulaire.
Un paradoxe environnemental majeur
Historiquement, les excréments étaient valorisés comme engrais naturels, mais ils ont été progressivement remplacés par des engrais de synthèse issus de ressources fossiles. Cette transition a entraîné des dommages environnementaux et sanitaires significatifs. Aujourd'hui, les nutriments précieux contenus dans nos excréments sont majoritairement détruits ou rejetés dans les rivières, contribuant à la pollution des milieux aquatiques.
Le chercheur explique que nos excrétions sont fondamentalement de la nourriture pour les sols. Lorsque nous mangeons des plantes ou des animaux qui en ont consommé, une grande partie de la matière ingérée se retrouve dans nos excréments. Ainsi, une gestion circulaire permettrait de fertiliser les champs tout en réduisant les déchets.
La destruction coûteuse d'un engrais naturel
En France, moins de 10% de l'azote présent dans les excréments est valorisé dans les boues d'épuration épandues sur les champs. Ce taux est encore plus bas dans d'autres pays occidentaux. Fabien Esculier décrit la station d'épuration d'Achères, qui traite les eaux usées de l'agglomération parisienne, comme la plus grande « usine de destruction d'engrais naturel » de France.
Le système actuel est linéaire et inefficace : nous détruisons l'azote des eaux usées tout en important des engrais de synthèse produits à partir de ressources fossiles. Ce processus consomme de l'énergie et émet des gaz à effet de serre, aggravant les problèmes environnementaux.
Vers une gestion durable des excréments
Face à ces défis, le programme de recherche-action OCAPI, lancé en 2014, explore des solutions innovantes. Il se concentre sur les techniques de séparation à la source, où les urines et matières fécales sont collectées séparément pour être valorisées en agriculture. Ces méthodes commencent à se déployer en France.
Fabien Esculier appelle à un changement d'échelle dans la gestion des excréments. Il propose de repenser nos systèmes d'assainissement pour créer une véritable économie circulaire, où les nutriments retournent aux sols plutôt que d'être gaspillés. Cette approche pourrait améliorer la résilience alimentaire et réduire la pollution.
En conclusion, valoriser nos excréments n'est pas seulement une question technique, mais aussi un enjeu de société. En réintégrant ces matières dans un cycle naturel, nous pouvons contribuer à une agriculture plus durable et à la protection de l'environnement.



