Pentecôte : étoupes, roses et pèlerinage, traditions oubliées en Provence
Pentecôte : étoupes, roses et pèlerinage en Provence

La Pentecôte, fête mobile aux origines multiples

Pour la religion catholique, la Pentecôte représente le Saint-Esprit descendu sur les apôtres sous forme de langues de feu. Placée arbitrairement dans l'almanach cinquante jours après Pâques, elle se situe entre la fin mai et le 10 juin. Mais il est une tradition aujourd'hui pratiquement oubliée qui se déroulait jadis dans certaines églises provençales et qui donnait à la Pentecôte le nom de Dimanche des Roses.

Des pétales de rose aux étoupes enflammées

Naguère, pour imiter les langues de feu représentant la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, on jetait dans les églises, au cours de la grand-messe, des pétales de rose. Mais plus dangereusement parfois, des étoupes enflammées étaient lancées. Le sacristain était généralement envoyé dans le clocher pour faire tomber sur les fidèles ces étoupes de feu. Inutile de dire que l'opération se soldait souvent par des accidents.

Les Provençaux n'étaient pas dupes des mises en scène que les curés organisaient pour représenter les langues de feu. D'ailleurs, il y avait toutes sortes d'histoires plaisantes à ce sujet. Alerté par l'impiété de ses ouailles, un curé voulut leur faire croire à un miracle pour les ramener à de meilleurs sentiments. Il fit donc monter son sacristain dans le clocher afin qu'il lançât des étoupes enflammées sur les fidèles chaque fois qu'il s'écrierait : « Flammes du ciel, descendez sur les impies ! » Ce qu'il cria tant et si bien qu'au bout d'un moment, on entendit le sacristain s'écrier, du haut du clocher : « Moussu lou cura, aï plus d'estoupos ! » (Monsieur le curé, il n'y a plus d'étoupes !) Tous les efforts du pauvre curé furent, en un instant, réduits à néant.

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On racontait aussi l'histoire de la servante du curé qui était chargée de sauter sur une plaque de tôle pour simuler le bruit du tonnerre au cours de l'office religieux. Ce faisant, la malheureuse avait glissé et était restée suspendue par ses jupes au-dessus des fidèles. Le curé avait alors ordonné à ses ouailles de se prosterner sous peine de tomber sous les foudres du diable.

Le pèlerinage à la Sainte-Baume, gage de fécondité

Le lundi de la Pentecôte, des pèlerins de tout âge et de toute condition, venant du Var entier mais aussi de tous les départements voisins, se rendaient à la Sainte-Baume pour rendre grâce à sainte Madeleine. Les jeunes couples et la jeunesse à marier se trouvaient particulièrement concernés par la sainte qui veillait au succès des unions. On stipulait même ce pèlerinage dans les contrats de mariage. La croyance aux pouvoirs de Marie Madeleine était solidement implantée.

Ce pèlerinage à la Sainte-Baume a très probablement des antécédents païens car, au IVe siècle déjà, à une époque où la légende de sainte Madeleine n'existait pas, les populations venaient s'y rassembler en grand nombre. Aux abords du Saint-Pilon, les couples venus pour faire le vœu de fécondité ainsi que les jeunes gens désireux de se marier édifiaient des petits châteaux de pierre appelés « mouloun de joye » – petite meule de joie. Les maris qui désiraient renforcer les pouvoirs du mouloun de joye qu'ils avaient édifié avec leur épouse devaient aller cueillir une branche de gui et l'attacher à la ceinture de celle-ci. Quant à la jeune fille désireuse de se marier dans l'année, elle devait, au cours de son ascension du Saint-Pilon, se démettre de sa jarretière gauche.

Le pèlerinage de la Sainte-Baume resta pendant des siècles l'une des grandes préoccupations des Provençaux qui s'y préparaient des mois à l'avance. On vit venir à la Sainte-Baume les plus grands du royaume, depuis saint Louis jusqu'à Louis XIV.

Le feu de sarments à Sainte-Maxime

Le lundi de la Pentecôte à Sainte-Maxime, les enfants parcouraient les rues en criant « Gaveu per sant Maime ! » (Sarments pour saint Maxime !) De maison en maison, ils s'arrêtaient pour recueillir les sarments dont on userait le soir même pour faire un grand feu. Le bûcher était dressé sur le champ de foire.

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Avec son pegoun (torche), le maire enflammait le bûcher autour duquel se mettaient à chanter et danser les bravadaires. Il était difficile de s'entendre tant les décharges de mousqueterie étaient nombreuses. Tous les habitants se pressaient pour participer à la fête. Lorsque le feu baissait, les plus hardis des compagnons s'élançaient au-dessus du brasier pour tenter de s'emparer de la bigo, le petit peuplier autour duquel on avait entassé le bois et qui, seul, restait encore debout. Après une joyeuse collation composée de jambon, saucisson et radis, le tout bien arrosé, on retournait au village en rapportant chacun son pain de saint Maxime bénit à l'office, dès lors souverain contre les orages lorsqu'on le conservait dans la maison. Et on raconte que pour ne pas se priver de ces réjouissances, un homme cacha la mort de son épouse le temps des fêtes de la Pentecôte.