La Feria de Nîmes 2026 suscite la curiosité des aficionados sur un sujet tabou : la rémunération des toreros. Si les cachets des plus grandes figuras atteignent des sommets, la majorité des professionnels perçoivent des montants proches du minimum syndical. Parallèlement, un débat agite le monde taurin : faut-il imposer un protectionnisme à la française pour protéger les toreros nationaux, comme cela se pratique en Amérique latine ?
Des cachets qui font rêver, mais réservés à une élite
Dans un entretien en Espagne, Simon Casas a révélé que les plus grandes figuras, comme celles qui se produisent à Madrid, peuvent toucher un cachet de l'ordre de 230 000 euros. Il se murmure également qu'un Roca Rey exigerait environ 120 000 euros pour un paseo dans une arène de première catégorie en France. Ces sommes, qui font rêver pour combattre deux toros, ne concernent qu'une minorité de toreros. Quelques autres reçoivent des émoluments confortables, mais la grande majorité est rémunérée autour du minimum syndical. Sans oublier certains novilleros qui doivent parfois payer, directement ou indirectement, pour être présents dans certaines arènes aux usages condamnables.
Les minimums syndicaux fixés par la convention collective
La tauromachie s'appuie sur une convention collective qui fixe des minimums sociaux. Ces montants, publics, varient selon la catégorie du matador et celle de l'arène. Il existe trois groupes de matadors :
- Groupe A : réservé aux toreros avec plus de 37 paseos en Europe. En France, seul Sébastien Castella en fait partie.
- Groupe B : pour les toreros ayant réalisé entre 13 et 36 contrats. Un seul Français y figure : Clemente.
- Groupe C : tous les autres toreros.
Un torero du groupe A perçoit un minimum de 23 667 euros dans une arène de première catégorie, décomposé en 6 647 euros d'émoluments personnels, 9 821 euros pour sa cuadrilla et 7 199 euros de frais. Pour les toreros du groupe C, la rémunération minimale descend à 6 647 euros en arène de première catégorie (Nîmes, Arles, Béziers), 5 404 euros en deuxième catégorie (Istres, Céret) et 3 746 euros dans les plazas de moindre catégorie.
Les salaires des cuadrillas
Les picadors et les deux banderilleros d'un torero du groupe A reçoivent 1 883 euros par corrida dans une arène de première catégorie. Le tercero (puntillero) touche 1 507 euros. Le valet d'épée et son ayuda ont également un montant fixé par la convention. À ces honoraires fixes s'ajoutent d'éventuels droits à l'image pour les corridas télévisées, ainsi que les frais de logement et de bouche. Une minorité de banderilleros, chez les grandes figuras, peuvent bénéficier de bonus pour attirer les meilleurs professionnels. En revanche, les picadors et banderilleros qui officient avec des matadors français des groupes B et C voient leurs honoraires chuter à 1 442 euros en arène de première catégorie et 1 064 euros en arène de troisième catégorie. La situation de ces toreros et cuadrillas est souvent fragile, et ils doivent cumuler un autre emploi s'ils n'ont pas assez de dates pour bénéficier du chômage des intermittents du spectacle.
Le débat sur le protectionnisme
Dans ce contexte, des voix s'élèvent pour protéger les professionnels français en imposant un minimum de présence en France. Les pays d'Amérique latine ont adopté cette mesure depuis longtemps. Au Mexique, les conventions syndicales imposent la présence de toreros locaux dans chaque cartel, ainsi qu'un certain nombre de banderilleros et de picadors pour les toreros étrangers. La Colombie a également pris des mesures similaires. Si le protectionnisme se développe dans le monde économique, les empresas (organisateurs) s'y opposent, même si une place de choix est laissée aux Français dans la plupart des arènes du Sud-Est. Ils veulent garder leur liberté de production pour répondre aux attentes du public. Simon Casas l'affirme sans détour : « Je suis contre le protectionnisme en France et en Espagne. Un torero doit être programmé pour ses qualités et son actualité, et non selon son appartenance nationale ou régionale. Mais mon devoir de producteur est de favoriser l'éclosion des carrières des Français. »
Le sujet est également complexe pour les cuadrillas. Un torero se joue la vie face aux toros et souhaite le faire avec ses picadors et banderilleros avec qui il s'entraîne et torée toute l'année. Mentalement, il est difficile d'avoir une confiance absolue en découvrant un banderillero le matin d'une corrida.



