« Ça fait quatre ans qu’on parle des mêmes problèmes. » Cette phrase a résonné à plusieurs reprises lors de la première rencontre, après les élections municipales de mars, entre commerçants et élus dracénois. Derrière deux heures d’échanges courtois, un sentiment domine : l’exaspération.
Un constat sans détour
Manque d’attractivité, difficultés de stationnement, communication insuffisante, commerces vacants, rues peu entretenues et sentiment d’abandon de certains secteurs : face aux élus, notamment Christine Premoselli, Sophie Dufour, Laure Agnesi, Enzo Remous et Christine Niccoletti, les commerçants ont dressé un constat sans concession. La présidente de l’association Vitrines dracénoises, Rosine Pichot, a reconnu que des efforts ont été entrepris ces dernières années, comme la réhabilitation des rues piétonnes, mais a souligné qu’il reste encore beaucoup à faire pour redonner une dynamique au centre-ville. Elle aurait souhaité en faire part au maire Richard Strambio, mais ce dernier a quitté rapidement la réunion, laissant la parole à ses adjoints.
L'image de la ville en question
Pour plusieurs commerçants, la priorité est de revoir l’image de la ville avant même d’évoquer animations ou festivités. « Avant, les rues piétonnes étaient fleuries. Aujourd’hui, il manque de la couleur, de la vie », regrette l’un d’eux, rappelant les anciennes suspensions florales qui ornaient les artères commerçantes. Certains pointent également la multiplication des vitrines vides, avec des locaux à vendre ou à louer depuis des mois, voire des années. D’autres s’interrogent sur la stratégie municipale concernant les acquisitions immobilières réalisées par la Saiem (Société anonyme d’économie mixte de construction). « Pourquoi certains commerces sont-ils préemptés et pas d’autres ? Quelle est la vision pour demain ? », lance une commerçante, évoquant la préemption des locaux Gost rue République tandis que la Saiem a laissé ceux de la boutique Chiffon (rue Cisson) être attribués à un repreneur qui entend changer leur destination. « Ce magasin emblématique du centre-ville va devenir une sortie de secours pour un bistro. Tout le monde le sait, rien n’est fait ! », lâche une autre commerçante.
Les élus tentent de rassurer
Les élus ont affirmé avoir entendu les préoccupations exprimées pendant la campagne électorale et rappelé que plusieurs projets sont en cours : déplacement de la maison du père Noël place du Marché, transfert du marché artisanal du Bd Clemenceau à la place du marché pour les fêtes de fin d’année, et création d’un office du commerce. Ils ont invité les commerçants à faire des propositions en matière d’animation et à participer prochainement à une réunion avec la Saiem. Mais dans la salle, certains affichent une forme d’impatience. Au-delà des promesses, beaucoup attendent désormais des résultats visibles : davantage de fleurissements, des rues plus attractives, une meilleure communication et des solutions concrètes pour le stationnement. « Avant de parler de grands événements, il faut déjà que les gens aient envie de s’arrêter à Draguignan », lâche un participant. L’enjeu de la nouvelle politique commerciale municipale est de transformer cette volonté de dialogue en actions concrètes pour redonner confiance à un centre-ville qui cherche encore son second souffle.
L'insécurité au cœur des débats
La sécurité a occupé une large partie des débats. « L’insécurité n’est pas un sentiment », assure une commerçante. Restaurateurs et riverains ont dénoncé des nuisances quotidiennes autour de certains établissements du centre ancien : regroupements nocturnes, présence de mineurs, fermetures tardives et comportements qui dissuadent clients et touristes de fréquenter certains secteurs. « Ma terrasse est inutilisable. Toutes les deux minutes, je dois intervenir », témoigne un restaurateur. La présence de personnes sans domicile stable dans plusieurs rues commerçantes a également suscité de vives réactions. « Les touristes arrivent et voient des gens dormir devant les commerces. Ce n’est plus possible. » Plusieurs participants ont dénoncé une image dégradée de la ville et un sentiment d’absence d’autorité. Le temps du diagnostic est passé, celui de l’action est attendu.



