Jean-François Pilès : une vie entre handball et tauromachie
À 42 ans, le Gardois s’est forgé, dans le sillage de son père Robert, une place importante dans le mundillo. Empresa, il est aussi un apoderado reconnu pour donner un nouvel élan à ses protégés. « Il manquait certainement le r. » Jean-François Pilès rit en se remémorant cette anecdote enfantine. C’est bien le mot « toro » qu’il a prononcé en premier. « Au grand désespoir de ma mère, un peu moins de mon paternel », glisse-t-il. La tauromachie est inscrite dans l’ADN de la famille Pilès. C’est un peu héréditaire, il est le dernier d’une dynastie : « Mon grand-père novillero et après banderillero, mon grand-oncle picador, un autre oncle novillero et mon père matador puis organisateur et grand apoderado. »
Dans la plus grande des logiques, Jean-François Pilès s’est forgé un prénom dans le mundillo. Pas en tant que torero – « un rêve que j’ai entretenu jusqu’à l’âge de 10 ou 12 ans, qui me brûlait, mais j’ai très vite compris les sacrifices qu’il aurait fallu faire » – mais en « se battant tous les jours pour vivre de sa passion liée au toro autrement ».
Le handball, « ma maison »
Jean-François Pilès, 42 ans, a brillamment réussi ce parcours. Un double chemin qu’il a suivi depuis son adolescence : une sorte de grand écart entre le handball sans toutefois « perdre de vue le toro ». « Je me suis mis à ce sport, j’ai suivi les copains et on a fini trois fois champions de France », sourit le quadragénaire. D’ailleurs, une aventure qu’il a partagée – pour le dernier titre décroché – avec un certain Nikola Karabatic, qui totalise 365 sélections en équipe de France, onze médailles d’or dont trois titres olympiques. « Le meilleur joueur du monde pour moi », lâche son ancien coéquipier.
« Le handball m’a apporté des valeurs de rigueur, de solidarité et de combativité. Sans conteste, cela m’a aidé dans la tauromachie. » S’il n’a pas embrassé la même carrière professionnelle, Jean-François Pilès évolue toujours dans cette discipline. Il gère aujourd’hui tous les partenariats du club de Nîmes (qui évolue en première division), parce que vivre de la tauromachie est extrêmement compliqué. « C’est ma maison, le handball, insiste-t-il. Ce sport m’a apporté des valeurs de rigueur, de solidarité et de combativité. Sans conteste, cela m’a aidé dans la tauromachie. »
Une vie à mille à l’heure
Les entraînements, les matchs de handball ne lui font pas oublier son autre passion. Dans les arènes de Nîmes ou encore au fin fond de l’Espagne ou à Madrid, il « ne coupe jamais ». Son implication prend une autre épaisseur quand son paternel « gère les arènes de Tyrosse, Aire-sur-l’Adour ou encore Alès » : « Il me donnait des petites missions à faire. »
Empresa d’arènes
Aujourd’hui, Jean-François Pilès mène de front plusieurs carrières. Celle d’empresa (notamment au travers de sa société Audaz Productions) pour les arènes d’Aire-sur-l’Adour, de Saint-Vincent-de-Tyrosse ou encore de conseiller pour Riscle dans le Gers ou pour la novillada estivale de Garlin, en Béarn. Celle aussi d’apoderado qu’il débute au côté de Thomas Dufau. Le Gardois a également été très proche de Daniel Luque. Pour ce dernier, il fonctionne en binôme avec son père. « Il gérait les arènes de Madrid. Au quotidien, j’étais avec Daniel », prolonge-t-il. Une fonction qu’il a occupée avec Morenito de Aranda, durant cinq ans. « Cela a été une aventure humaine et professionnelle fantastique. On a remis un torero important à la place qu’il mérite, mais c’est surtout lui qui l’a fait », analyse-t-il. La relation s’est arrêtée en 2025 pour « diverses raisons ». Même s’il trouve « ça dommage », Jean-François Pilès poursuit son chemin d’apoderamiento avec Alvaro Lorenzo « qui a des qualités extraordinaires et un potentiel fantastique ».
« Donner la confiance »
Le Gardois donne l’impression de parler aux oreilles des toreros. Des mots justes, des paroles sereines pour bâtir une « relation de confiance » et les remettre en lumière au centre des ruedos. « Ces gens-là ont des années de pratique. Je ne vais pas leur dire comme tenir leur cape mais je vais intervenir sur la manière d’aborder ce rendez-vous, sur la psychologie, sur la sérénité dans les moments clés, ou encore de donner de l’importance à ce qu’ils font pour émouvoir encore plus les aficionados », confie l’apoderado.
« C’est ma philosophie. Quand je m’engage, je le fais à fond. » Il ne veut pas s’écarter de cette route primordiale, « celle de mettre dans les meilleures conditions le matador ». Il insiste sur ce point : « Ils font des efforts extraordinaires, ils se jouent la vie. Donc, pour passer un cap supplémentaire, il faut être en confiance et en sérénité. » Jean-François Pilès n’est pas du « genre à dire oui à tout le monde ». Sollicité, il l’est mais il met un point d’honneur à s’engager à 100 %. « C’est ma philosophie. Quand je m’engage, je le fais à fond. » Une manière pour lui d’afficher son amour de la tauromachie : « Il faut l’accueillir à bras-le-corps et avec sa diversité. »



