Entre La Farlède et La Crau, Daniel Suzanne construit son année au rythme des figuiers. À la tête du syndicat de l’Appellation d’Origine Protégée (AOP) Figue de Solliès, il s’apprête à célébrer le vingtième anniversaire de cette reconnaissance.
Un parcours ancré dans la terre
Daniel Suzanne a repris l’exploitation familiale en 1998. Pour lui, l’agriculture est un choix de vie : qualité de vie, indépendance et attachement à la terre. La figue s’est imposée naturellement, même s’il a d’abord développé la pivoine. Aujourd’hui, il cultive 6,5 hectares de figuiers et 2,5 de pivoines.
La figue, un fruit entre exotisme et tradition
« La figue, c’est l’exotisme. C’est ce qui fait son charme », explique-t-il. Il rappelle que la figue est en réalité la fleur de l’arbre, qui fait partie du paysage provençal aux côtés des amandiers et des oliviers. Mais le figuier a son caractère : « Le fruit est succulent, mais l’arbre redoutable », prévient-il, en référence au latex qui peut brûler la peau. Pour le travailler, il faut se couvrir intégralement.
Vingt ans d’AOP : un bilan positif
Le 6 juin, les producteurs fêtent les vingt ans de l’AOP Figue de Solliès. Daniel Suzanne dresse un bilan très positif : « Au départ, on a voulu cette AOP pour se différencier des importations, principalement turques. On craignait que la figue AOP soit vendue plus cher et que la non-AOP soit méprisée. En fait, les prix sont restés stables, mais l’appellation nous permet de faire la différence. »
Pour le consommateur, l’AOP est un gage de confiance : « Extérieurement, rien ne distingue une figue d’une autre. Mais l’AOP garantit la variété violette, la forme, le taux de sucre, la jutosité et le respect des règles phytosanitaires. »
Un impact économique salvateur
Il y a vingt ans, il devenait difficile de gagner sa vie avec la figue. « L’AOP nous a sorti la tête de l’eau », affirme Suzanne. La filière a retrouvé des couleurs et une reconnaissance.
Les défis à venir : cochenille, mouche et charançon
Le prochain combat est sanitaire. La cochenille, qui ne faisait qu’une génération par an, en produit désormais trois ou quatre à cause du réchauffement climatique. « On se retrouve avec des cochenilles en pleine récolte », déplore-t-il. La mouche de la figue est également une menace.
Quant au charançon, la crise semble réglée : « Il nous a fait perdre une vingtaine d’hectares d’appellation, mais on a trouvé des solutions. » Il reste toutefois une vigilance à avoir chez les particuliers et sur les arbres sauvages, notamment dans la vallée de Sauvebonne.
Le réchauffement climatique affecte-t-il le calendrier ?
Pour l’instant, la récolte commence toujours vers le 15 août. Mais le pic de récolte arrive plus tôt, probablement à cause des chaleurs estivales qui accélèrent le mûrissement. Un signe que le climat modifie déjà les cycles.



