À Canneseries, la projection des deux premières parties du documentaire « Colonna, une tragédie corse » a conquis le public. Pendant trois épisodes, la réalisatrice Agnès Pizzini et la grande reporter Ariane Chemin reviennent sur l'histoire d'Yvan Colonna, condamné pour l'assassinat du préfet de Corse Claude Érignac, abattu par balles le 6 février 1998 à Ajaccio. Une histoire qui résonne avec celle, plus globale, des mouvements indépendantistes corses.
Une plongée dans les archives et les témoignages
Les deux journalistes ont interviewé des dizaines de personnes, de Nicolas Sarkozy au père d'Yvan Colonna, pour tenter de comprendre les faits dans toute leur complexité. Surtout, le documentaire est une mine d'or d'archives de l'INA. « C'était un travail de fouille archéologique de trouver ces images », nous explique Agnès Pizzini.
Raconter la Corse et la France
Le film se divise en trois épisodes, tous diffusés le 9 juin sur France 2 et intitulés « Le militant », « Le coupable » et « Le symbole », pour tracer la vie d'Yvan Colonna, de sa jeunesse militante à son assassinat à la prison d'Arles le 21 mars 2022, en passant par l'assassinat du préfet Érignac le 6 février 1998 à Ajaccio. Un choix qui « permet de suivre l'évolution d'un homme tout en racontant celle d'une société et d'un mouvement politique », explique Ariane Chemin.
Cette série donne la parole à des témoins de cette époque. « Il fallait que personne n'ait une parole privilégiée », juge la journaliste qui « voulait donner la parole à des gens de la capitale puisque ça raconte 50 ans de conflit entre Paris et la Corse. Et surtout qu'il n'y a pas de gradation suivant l'importance des personnages. Un ancien président de la République a autant d'importance que l'ami d'Yvan Colonna. » C'est pour cela que dans les épisodes vont se succéder des témoins comme Nicolas Sarkozy et François Hollande et des Corses proches de l'homme. Des personnes rares pour parler de cette affaire, comme nous l'explique la réalisatrice : « elles ont accepté de revenir sur des épisodes qu'elles n'avaient jamais racontés publiquement. »
Rendre simple une histoire complexe
Un des moments forts du documentaire est la présence du père d'Yvan Colonna. « Nous avons rencontré ses parents à plusieurs reprises avant de pouvoir faire quelque chose. Il a fallu du temps pour instaurer une relation de confiance », se souvient la réalisatrice. « Jean-Hugues Colonna nous a parlé, alors âgé de 92 ans. Quelques semaines plus tard, il disparaissait. Ses mots donnent un côté humain au récit et rappellent qu'avant d'être une figure politique ou judiciaire, Yvan Colonna était aussi un fils, un berger et un homme profondément lié à sa terre. »
Les deux femmes ont fait le choix de ne pas revenir sur la culpabilité ou non de Colonna. « On voulait raconter que c'est quand même une histoire de grande incompréhension depuis cinquante ans », résume Agnès Pizzini. « Nous, nous n'allions pas revenir sur la culpabilité d'Yvan Colonna qui avait été jugé par trois fois comme étant membre du commando qui avait participé à l'assassinat du préfet Claude Érignac. On avait envie de donner les clefs pour comprendre simplement cette histoire qu'on a rendue aussi très complexe », termine Ariane Chemin.



