Agnès Jaoui explore les violences sexistes à l'opéra dans "L'Objet du délit"
Agnès Jaoui : l'opéra comme miroir des violences sexistes

Les violences sexuelles et sexistes ne sont pas que du cinéma ! Pour son premier film écrit sans son complice Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui a choisi le milieu de l’Opéra à l’ère de MeToo. L’Objet du délit, présenté hors compétition à Cannes, suit une troupe qui monte Les Noces de Figaro de Mozart dans la douleur. Eye Haïdara, Claire Chust, Daniel Auteuil et Agnès Jaoui elle-même composent la distribution de cette comédie acide.

Une galerie de portraits pour laisser chacun s’exprimer

Chacune et chacun a son opinion quand un chanteur star se permet trop de libertés avec sa partenaire. La réalisatrice ne prend pas position de façon frontale. Au contraire, sa galerie de portraits finement brossés laisse tout le monde s’exprimer. Elle permet au spectateur de se forger son propre point de vue tout en laissant clairement entendre que le sien est du côté d’un féminisme résolu, droite dans ses bottes, qui ne l’empêche pas de se questionner. Agnès Jaoui a réussi son film qu’elle a dédié à Jean-Pierre Bacri. C’est sur la Croisette que nous avons pu la rencontrer avant qu’elle reparte pour Montpellier où elle met en scène Don Giovanni.

Pourquoi avoir choisi le milieu de l’opéra pour traiter ce sujet ?

Cela m’aurait semblé trop évident de situer l’action dans celui du cinéma. Je connais bien ce monde qui m’a paru passionnant. Il faut une force mentale incroyable pour être chanteuse lyrique. Elles ne sont pas aussi protégées que les actrices de cinéma.

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D’où vous est venu le titre du film ?

Du fait que je me demande vraiment, parfois, quel est l’objet du délit ? C’est-à-dire, est-ce que c’est le masculin qui est en cause ? Je me pose la question, parce que je vois bien que dans des pays où les droits des femmes sont plus avancés, comme les pays du Nord, le nombre de viols n’est pas tellement moindre, voire pas du tout. Alors je me demande quelle est la nature, d’où vient le problème ? Quel est l’objet du délit ? C’est bien beau de poser la question, mais… Je n’ai pas de réponse. Je n’en sais rien. J’aimerais bien que ce ne soit qu’une question d’éducation.

Pensez-vous que les choses évoluent de façon positive ?

On voit bien les dangers d’un retour de bâton. Même l’IVG, ici en France, est remise en cause par certains. Les progrès sont très fragiles. Il y a même des femmes qui les refusent. C’est pour parler de cela et essayer d’ouvrir le dialogue que j’ai voulu faire ce film. Pour montrer que beaucoup de gens ont des opinions différentes et que si tout le monde peut avoir des opinions divergentes, il n’y en a aucune de parfaite.

Qu’envisagez-vous comme solution ?

Il est temps qu’on recommence à se parler. Que les uns apprennent des autres. C’est aussi pour ça que j’ai mis en perspective quelque chose qui se passe au XVIIIe siècle. Parce que les nouvelles générations croient qu’elles sont les premières à traiter de ces sujets alors que c’est faux. Il y a eu plein d’époques, plein de moments où on a essayé de faire évoluer les comportements. C’est intéressant de savoir pourquoi on n’a pas pu s’avancer.

Ce film a-t-il été facile à financer ?

Pas trop difficile mais j’ai moins d’argent à chaque fois alors que les coûts augmentent... C’est un film ambitieux qui demandait une équipe assez lourde. Je ne peux pas me plaindre par rapport à certains autres cinéastes, mais j’ai quand même l’impression qu’on donne moins d’argent aux réalisatrices. On ne pensera jamais à confier un Astérix à une femme, par exemple. Je ne crois pas que ce soit un processus conscient, d’ailleurs. Les décideurs pensent à leurs copains. C’est insidieux et donc, plus difficile à contrer. Il est plus simple de se battre contre un gros macho que de s’en prendre à quelqu’un qui n’a même pas la sensation d’être sexiste.

Êtes-vous optimiste pour l’avenir du cinéma français ?

Je m’inquiète pour le cinéma et pour la culture en général. C’est quand même fou de voir à quel point elle est menacée alors que notre système est un modèle de réussite envié dans le monde entier.

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