Tu Ku Tun : la txalaparta basque réinventée entre tradition et modernité
Tu Ku Tun modernise la txalaparta basque

À Guipuscoa, le trio Tu Ku Tun perpétue l'art de la txalaparta tout en la modernisant. Bois et pierre résonnent au rythme d'une tradition basque née autour du cidre. Face à la colline, au cœur du village d'Oiartzun, dans la province de Guipuscoa, le son des bâtons claque dans l'air. Les randonneurs de passage sur la colline d'en face ralentissent parfois le pas, attirés par ce rythme brut, semblable au galop du cheval. Ce mardi-là, seuls Jon Galdos et Patxi Quel répètent. Unai Villacorta, troisième membre du trio, est absent.

Origines de la txalaparta

À l'origine, rien de musical. Une ou deux planches seulement étaient posées à même le sol, sur lesquelles les pommes étaient écrasées à l'aide de grands bâtons. Ce travail était réalisé avec de grands bâtons munis, à leur extrémité, d'une lourde pièce de bois. « L'instrument était utilisé pour faire le cidre, précise Jon. Puis, à force d'entendre ces rythmes, les gens ont commencé à créer des mélodies. »

Kirikoketa, l'instrument de musique basque à percussion en bois associé aux activités de travail. C'était l'occasion de pratiquer un jeu rythmique à deux ou trois personnes, appelé « kirikoketa », dont les principes rythmiques rappellent ceux de la txalaparta. De ces sons répétitifs est née peu à peu une pratique musicale.

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Dans certaines fermes, cela servait aussi à prévenir les alentours qu'un repas allait être partagé une fois le travail terminé. Une manière de faire résonner l'« auzolan », cette tradition d'entraide basque où les voisins venaient aider lors du pressage des pommes.

Le bois répond au bois

Aujourd'hui, chaque planche possède sa propre sonorité. « Plus on coupe, plus le son devient aigu et quand c'est trop aigu, on rabote », précise Patxi en manipulant les longues pièces marquées par le temps. Toutes sont en bois de chêne d'Amérique, essence choisie pour sa robustesse, et elles ont plus de quinze ans.

Visuellement, l'instrument ressemble à un géant xylophone. Ici, tout repose sur un dialogue précis : le « Txakuna » lance le rythme, le « Herrena » répond. « C'est un jeu de questions-réponses constantes », sourit Patxi, en déposant les bâtons de bois sur les tréteaux.

Pour retenir les morceaux, les trois basques utilisent une méthode similaire à celle d'une partition de musique. Chaque morceau de bois possède un numéro correspondant à une note. Les coups joués par le Txakuna sont retranscrits sur papier, permettant ensuite aux Herrena de répondre et d'improviser autour de cette base.

Les répétitions laissent parfois quelques souvenirs sur les mains. « Si on les prend un peu trop brutalement, on repart avec plein d'échardes », se marre le même Patxi.

Tradition en mouvement

La txalaparta a bien failli disparaître dans les années 1950 et 1960. Quelques familles de Gipuzkoa ont maintenu la tradition avant qu'elle ne renaisse dans les années 1970 grâce aux frères Artze et au mouvement culturel basque porté par le groupe Ez dok amairu.

Avec Tu Ku Tun, cette tradition évolue encore. Créé il y a une vingtaine d'années par Jon Galdos, le groupe s'est construit autour de nombreuses rencontres musicales et fidèles. Patxi, lui, jouait alors des percussions au sein du groupe de danses Begirale de Saint-Jean-de-Luz et son professeur n'était autre que Jon Galdos. « Je suis arrivée à l'école avec un copain en 2004. Jon m'a dit : ''Tu joues tellement bien, viens avec nous'' », explique Patxi.

Depuis, les musiciens se retrouvent chaque mardi dans la ferme du père de Jon, à Oiartzun. Entre deux répétitions, les discussions glissent souvent vers les prochains concerts ou ateliers organisés dans les écoles et centres aérés.

Modernisation et expérimentations

Le trio basque joue aujourd'hui sur des txalapartas à cinq, sept, voire douze planches afin de produire des mélodies sur plus d'une octave. Une façon de repousser les limites de cet instrument autrefois uniquement rythmique. Tu Ku Tun expérimente aussi une txalaparta en pierre au son cristallin. « On a essayé différents matériaux comme le fer, mais ça ne nous plaisait pas », raconte Jon. « Ces pierres, nous ne savons toujours pas leur composition exacte », complète-t-il.

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Ces massifs blocs de pierre proviennent d'un ami. Ce dernier les leur avait donnés lors de la construction de sa maison. « Il nous reste encore un petit stock de ces mystérieuses pierres, on en prend quand même soin car elles se cassent très vite », précise Patxi.

Le groupe assume pleinement cette modernisation. Djembé, alboka et même collaboration avec des DJ reconnus sur la scène House viennent désormais accompagner leurs créations. Une évolution qui suscite parfois des critiques chez les puristes. « Certains disent que cela ressemble davantage à un xylophone qu'à une txalaparta, atteste Patxi. Mais on est en 2026, on veut faire évoluer l'instrument sans lui faire perdre son âme. »

Chaque année, à Pampelune, des dizaines de « txalapartaris » venus des deux côtés de la frontière se réunissent pour célébrer cet instrument ancestral et partager leur art.